La vieillesse “n’est qu’un mot”

La vieillesse “n’est qu’un mot”
En Partenariat avec Retraite.com, Véronique Cayado, Docteure en Psychologie, Membre de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), Membre et Ingénieure de recherche de l’Institut du bien vieillir "Oui Care",  apporte sa vision du "bien vieillir" pour accompagner nos lecteurs à appréhender leur retraite dans un esprit positif et dynamique. 
 

Qu’est-ce qui fait de nous une vieille personne ? Étrange question que celle-ci, non pas parce que la réponse est évidente, mais parce qu’on la croit évidente. Mais dès lors que l’on essaie d’y répondre, l’explication semble se défiler aussi insaisissable que l’eau entre nos doigts.

L’âge apparaît a priori comme la réponse la plus juste.

Une personne âgée est une « personne plus âgée que la moyenne des autres personnes de la population dans laquelle elle vit » (Dictionnaire des personnes âgées, de la retraite et du vieillissement, 1984) [1]. Quand la statistique vient au secours du sens pour porter avec toute son objectivité la signification d’un mot, le moins que l’on puisse dire c’est que le mot pose problème !! Mais au final, sommes-nous plus avancés ?

L'objectivité n’est qu’apparence car, non seulement la formule reste imprécise, mais l’âge n’est finalement qu’un critère social comme un autre. Ainsi, le fait même de compter en années la trajectoire humaine est une manière de penser, non pas universelle, mais propre à une culture considérée. Comme le souligne l’anthropologue Bernadette Puijalon, “nos ancêtres ignoraient le nombre de leurs années et le découpage de la vie se faisait en fonction des événements et des changements qui jalonnaient le cours de l’existence” [2].

Il faut savoir que l’âge n’est devenu un instrument de mesure de l’évolution biologique que tardivement dans l’histoire des sociétés occidentales. En France, cela remonterait à l’obligation faite au clergé, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), d’enregistrer les baptêmes, mariages et décès [3]. Ainsi, parce que la société s’était dotée d’un calendrier spécifique et que les pouvoirs en place avaient décidé de tracer dans les grandes lignes leur population, il était devenu possible d’évaluer la durée de vie des individus en années. Mais avant cela, comme dans d’autres régions dans le monde, on ne cherchait pas à mesurer précisément la durée de vie, notamment parce que cela n’avait pas d’intérêt au regard du fonctionnement social.

Chaque culture, chaque société développe sa propre compréhension et interprétation de l’avancée en âge en cohérence avec son organisation socio-économique, sa démographie, ses modèles culturels, etc.

Mais alors qu’est-ce qui fait de nous une vieille personne ? Existe-t-il quand même des traits saillants ?

Selon Georges Minois [4], il existerait des marqueurs communs de la vieillesse qui se retrouvent dans la plupart des cultures et des époques considérées : il s’agit de

  • la fragilité physique,
  • de l’altération des traits,
  • et de l’accumulation des savoirs liés à l’expérience.
Néanmoins, si ces traits sont généralement associés à la vieillesse, chaque société va les considérer en fonction de ces modèles culturels dominants. Elles ne vont donc pas en avoir la même lecture, offrant aux plus vieux des statuts et des conditions de vie bien différents. Pour exemple, une société basée sur l’oral et la coutume laissera aux anciens une place plus enviable car les savoirs accumulés par eux les rendront plus précieux à la survie du groupe et leur fonction de dépositaires de la tradition leur octroiera un statut privilégié plus au centre des relations sociales et des liens entre générations.

Un autre paramètre semble majeur dans la définition de la vieillesse et des âges de la vie : il s’agit de la présence d'événements dans la trajectoire qui entraînent un changement de rôle social. On devient alors “officiellement” vieux aux yeux des autres. On pensera bien sûr au passage à la retraite comme le marqueur social par excellence dans notre société. On est loin du rite initiatique vécu avec tout le collectif, mais il en est ainsi dans les sociétés plus individualistes. Il n’y a pas à proprement parler un événement transitionnel, mais plutôt des petits événements souvent indépendants les uns des autres. Quoi qu’il en soit, et c’est certainement cela le plus important, être une vieille personne se vit pour beaucoup dans le regard des autres.

veronique cayado Véronique Cayado, Docteure en Psychologie, Membre de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), Membre et Ingénieure de recherche de l’Institut "Oui Care", 

[1] Ce dictionnaire a été publié par la commission de terminologie mise en place en 1983 par le premier Secrétariat d’Etat en charge des personnes âgées : In Trincaz, J., Puijalon, B. & Humbert, C. (2011). “Dire la vieillesse et les vieux”. Gérontologie et société, 138(34) : 113-126.

[2] Puijalon, B. (2000). “Exposé introductif : l’alliance des âges”, p. 6. In Actes du colloque “L’hôpital de nos familles : un partage au-delà des âges”, 14 juin 2000, Fondation Hôpitaux de Paris Hôpitaux de France - https://www.fondationhopitaux.fr/wp-content/uploads/2015/12/colloque-l-hopital-de-nos-familles.pdf

[3] Peatrik, A.-M. (2003). L’océan des âges. L’Homme Revue française d’anthropologie.  

[4] Minois, G. (1987). Histoire de la vieillesse. Librairie Arthème Fayard.

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