Comment calculer sa retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ?
Le calcul de la retraite dépend de plusieurs éléments : les revenus perçus au cours de la carrière, le nombre de trimestres validés, l’âge de départ ou encore les règles propres aux régimes auxquels vous avez cotisé. Le montant obtenu peut donc varier sensiblement d’une personne à l’autre.
Comprendre les paramètres utilisés permet de mieux estimer sa future pension et d’anticiper son départ. Voici les principaux éléments à prendre en compte, avec des exemples de calcul de retraite pour comprendre plus concrètement leur impact.
La pension d’un salarié du secteur privé comprend, en plus de la retraite de base, une retraite complémentaire Agirc-Arrco. Ce régime obligatoire fonctionne selon un système de points : les cotisations versées au cours de la carrière permettent d’acquérir des points de retraite.
Au moment du départ, le montant de la pension complémentaire est calculé à partir du nombre de points acquis et de la valeur de service du point Agirc-Arrco en vigueur. Son calcul repose donc sur des règles différentes de celles utilisées pour la retraite de base.
Le mécanisme d'accumulation des points AGIRC-ARRCO
Tout au long de la carrière, les cotisations versées à l’Agirc-Arrco permettent d’acquérir des points. Le principe est le suivant :
Assiette de cotisation : les cotisations sont calculées sur le salaire brut. Deux tranches sont distinguées : la tranche 1, jusqu’au plafond de la Sécurité sociale, et la tranche 2, comprise entre 1 et 8 fois ce plafond.
Taux de calcul des points : une partie des cotisations versées permet d’acquérir des points de retraite. En 2026, le taux de calcul des points est de 6,20 % sur la tranche 1 et de 17 % sur la tranche 2. Les cotisations effectivement prélevées sont plus élevées, car certaines contributions ne génèrent pas de points.
Prix d’achat du point : le nombre de points acquis chaque année est déterminé à partir des cotisations servant au calcul des points et du prix d’achat du point, également appelé « salaire de référence ». Celui-ci est fixé par l’Agirc-Arrco.
Cumul sur toute la carrière : les points acquis au fil des années s’additionnent pour déterminer le nombre total de points détenus au moment du départ à la retraite.
Des points peuvent également être attribués, sous certaines conditions, pendant des périodes au cours desquelles aucune cotisation ou une cotisation réduite est versée, notamment en cas de chômage indemnisé, de maladie, de maternité ou d’invalidité. Les enfants peuvent, quant à eux, ouvrir droit à une majoration de la pension Agirc-Arrco, selon les conditions prévues par le régime.
Exemple chiffré : estimation de la pension complémentaire
Prenons l’exemple d’un salarié qui dispose de 10 000 points Agirc-Arrco au moment de son départ à la retraite.
La formule de calcul de la pension complémentaire annuelle est la suivante :
Pension complémentaire annuelle brute = Nombre de points × Valeur de service du point
En 2026, la valeur de service du point Agirc-Arrco est fixée à 1,4386 €.
| Paramètre | Valeur retenue |
|---|---|
| Nombre de points acquis | 10 000 points |
| Valeur du point Agirc-Arrco en 2026 | 1,4386 € |
| Pension complémentaire annuelle brute | 14 386 € |
| Pension complémentaire mensuelle brute | Environ 1 199 € |
Dans cet exemple, 10 000 points donnent donc droit à une pension complémentaire d’environ 1 199 € brut par mois, avant prélèvements sociaux éventuels.
Il s’agit uniquement d’un exemple destiné à illustrer la formule. Le nombre de points réellement acquis dépend notamment des rémunérations perçues au cours de la carrière et des règles de calcul applicables chaque année. Chaque assuré peut consulter les droits enregistrés sur son compte retraite Info-Retraite ou dans son espace personnel Agirc-Arrco.
Pension totale : retraite de base + retraite complémentaire
Pour estimer le montant total de sa retraite, il faut additionner la pension de retraite de base versée par le régime général et la pension complémentaire Agirc-Arrco.
En reprenant un exemple dans lequel la pension de base s’élève à environ 1 500 € brut par mois et le capital Agirc-Arrco à 10 000 points :
| Source de pension | Montant mensuel brut |
|---|---|
| Pension de base (régime général) | Environ 1 500 € |
| Pension complémentaire Agirc-Arrco | Environ 1 199 € |
| Pension totale brute estimée | Environ 2 699 € par mois |
La retraite complémentaire est ici calculée avec la valeur de service du point Agirc-Arrco applicable en 2026, soit 1,4386 € : 10 000 × 1,4386 € = 14 386 € par an, soit environ 1 199 € brut par mois.
Ces montants sont exprimés en brut. Selon la situation fiscale du retraité, des prélèvements sociaux peuvent être appliqués sur les pensions, notamment la CSG, la CRDS et, dans certains cas, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (Casa). Le montant net effectivement perçu peut donc être inférieur.
Prendre en compte les deux régimes permet d’obtenir une estimation plus complète de ses futurs revenus à la retraite.
Exemples concrets de calcul de la retraite de base (régime général)
La formule de calcul de la pension de retraite de base au régime général est la suivante :
Pension annuelle = Salaire annuel moyen × taux de liquidation × (durée d’assurance au régime général / durée d’assurance requise)
Cette formule permet de comprendre l’effet du niveau de salaire, du taux appliqué au moment du départ et du nombre de trimestres validés sur le montant de la pension.
En 2026, le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) est fixé à 48 060 €, soit 4 005 € par mois. La pension de base calculée au taux maximum de 50 % est donc plafonnée à 2 002,50 € par mois, avant application éventuelle de certaines majorations.
Les exemples suivants permettent d’illustrer concrètement l’application de cette formule.
Profil 1 : salarié avec carrière complète et taux plein
Situation : Marie, née en 1964, part à la retraite à compter du 1er septembre 2026 après une carrière continue dans le secteur privé. Elle justifie de 170 trimestres, soit la durée d’assurance requise pour sa génération, et bénéficie du taux plein de 50 %.
Ses 25 meilleures années de revenus retenus pour le calcul de sa retraite donnent un salaire annuel moyen (SAM) de 36 000 €.
Calcul étape par étape :
Étape 1 – SAM : 36 000 €
Étape 2 – Taux de liquidation : 50 %
Étape 3 – Coefficient de proratisation : 170 / 170 = 1
Étape 4 – Pension brute annuelle : 36 000 € × 50 % × 1 = 18 000 €
Étape 5 – Pension brute mensuelle : 18 000 € / 12 = 1 500 €
Étape 6 – Vérification du plafond : 1 500 € < 2 002,50 € : le plafond ne s’applique pas.
Marie percevrait donc, dans cet exemple, une pension de retraite de base de 1 500 € brut par mois. Des prélèvements sociaux, notamment la CSG, la CRDS et éventuellement la Casa, peuvent ensuite être appliqués selon sa situation.
Profil 2 : salarié avec carrière incomplète et décote
Situation : Thomas, né en janvier 1964, part à la retraite dès qu’il atteint l’âge légal de 62 ans et 9 mois, en octobre 2026. Il totalise 148 trimestres alors que 170 sont nécessaires pour obtenir le taux plein avant 67 ans.
Comme Thomas part avant 67 ans sans disposer du nombre de trimestres requis, sa pension subit une décote.
Le nombre de trimestres retenu pour calculer cette décote correspond au plus petit des deux nombres suivants :
22 trimestres manquent pour atteindre les 170 trimestres requis ;
17 trimestres séparent Thomas de l’âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans.
La décote est donc calculée sur 17 trimestres.
Son salaire annuel moyen (SAM) est de 36 000 €.
Calcul étape par étape :
Étape 1 – SAM : 36 000 €
Étape 2 – Taux de liquidation avec décote : 50 % − (17 × 0,625 point) = 39,375 %
Étape 3 – Coefficient de proratisation : 148 / 170 ≈ 0,871
Étape 4 – Pension brute annuelle : 36 000 € × 39,375 % × 0,871 ≈ 12 341 €
Étape 5 – Pension brute mensuelle : 12 341 € / 12 ≈ 1 028 €
Étape 6 – Vérification du plafond : le montant reste inférieur au plafond applicable à la pension de base.
Thomas percevrait donc, dans cet exemple, une pension de retraite de base d’environ 1 028 € brut par mois.
Par rapport à Marie, dont la pension de base atteint 1 500 € brut par mois dans l’exemple précédent, l’écart est d’environ 472 € par mois. Il résulte à la fois de la décote appliquée au taux de liquidation et de la proratisation liée au nombre de trimestres validés.
| Paramètre | Profil 1 – Carrière complète | Profil 2 – Carrière incomplète |
|---|---|---|
| SAM retenu | 36 000 € | 36 000 € |
| Trimestres validés | 170 / 170 | 148 / 170 |
| Taux de liquidation | 50 % | 39,375 % |
| Coefficient de proratisation | 1 | ≈ 0,871 |
| Pension brute annuelle | 18 000 € | ≈ 12 341 € |
| Pension brute mensuelle | 1 500 € | ≈ 1 028 € |
À retenir : le nombre de trimestres manquants utilisé pour calculer la décote n’est pas nécessairement égal à l’écart avec la durée d’assurance requise. L’Assurance retraite retient le nombre le plus favorable entre cet écart et le nombre de trimestres séparant l’assuré de 67 ans, dans la limite de 20 trimestres.
Le salaire annuel moyen (SAM) : comment sont sélectionnées les 25 meilleures années ?
Le salaire annuel moyen, souvent abrégé en SAM, constitue l’un des éléments utilisés pour calculer la pension de retraite de base. Pour les assurés concernés par la règle des 25 meilleures années, il correspond à la moyenne des 25 meilleurs revenus annuels d’activité retenus au cours de la carrière.
Plusieurs règles s’appliquent :
Plafonnement annuel : les revenus sont retenus dans la limite du plafond de la Sécurité sociale applicable pour chaque année concernée. La fraction dépassant ce plafond n’entre pas dans le calcul.
Revalorisation : les revenus des années passées sont revalorisés à l’aide de coefficients fixés chaque année afin de tenir compte de l’évolution des prix.
Sélection des meilleures années : parmi les revenus annuels revalorisés retenus sur la carrière, les 25 plus élevés servent au calcul de la moyenne. L’assuré n’a pas à sélectionner lui-même ces années.
Carrières de moins de 25 ans : lorsque la carrière comporte moins de 25 années pouvant être retenues, le revenu annuel moyen est calculé à partir des années disponibles comportant au moins un trimestre validé.
Le SAM correspond ainsi à la moyenne des revenus annuels revalorisés retenus pour le calcul. Son montant dépend donc directement des revenus enregistrés au cours de la carrière.
Le taux de liquidation : taux plein à 50 % ou taux minoré ?
Le taux de liquidation est le coefficient appliqué au SAM pour calculer votre pension. Il varie entre un taux maximum et un taux minimum selon votre situation personnelle.
- Le taux plein (50 %) : c’est le taux maximum applicable au régime général. Vous y avez droit si vous remplissez l’une des conditions suivantes : atteindre l’âge légal de départ à la retraite en ayant validé la durée d’assurance tous régimes requise (qui dépend de votre année de naissance), ou atteindre l’âge d’annulation automatique de la décote (fixé à 67 ans pour les générations concernées par la réforme en vigueur).
- La décote (taux minoré) : si vous partez avant d’avoir atteint le taux plein, une décote est appliquée. Elle réduit votre taux de liquidation d’un certain nombre de points par trimestre manquant, dans la limite d’un nombre maximum de trimestres. Le taux effectif peut ainsi être significativement inférieur à 50 %.
- La surcote : à l’inverse, si vous continuez à travailler après avoir réuni toutes les conditions du taux plein, chaque trimestre supplémentaire cotisé au-delà de cette date ouvre droit à une majoration de pension (surcote), ce qui peut porter le montant final bien au-delà du taux plein de 50 % appliqué au SAM.
Le taux de liquidation est donc un paramètre binaire dans son objectif (obtenir ou non le taux plein), mais graduel dans ses effets : chaque trimestre compte, tant à la hausse qu’à la baisse.
La durée d'assurance : trimestres cotisés et trimestres assimilés
Le troisième paramètre est le rapport entre votre durée d’assurance personnelle et la durée de référence applicable à votre génération. Ce rapport, appelé coefficient de proratisation, ne peut jamais dépasser 1 (c’est-à-dire 100 %).
Il est essentiel de bien distinguer les deux catégories de trimestres qui composent votre durée d’assurance :
| Type de trimestre | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Trimestres cotisés | Trimestres acquis grâce à une activité professionnelle ayant donné lieu à versement effectif de cotisations retraite | Activité salariée, activité non salariée, apprentissage |
| Trimestres assimilés | Trimestres validés sans cotisation directe, accordés au titre de certaines situations reconnues par la loi | Chômage indemnisé, maladie, maternité, invalidité, service militaire, certains congés |
Ces deux catégories comptent de façon identique dans le calcul du coefficient de proratisation (durée d’assurance pour le calcul de la pension). En revanche, seuls les trimestres cotisés — auxquels s’ajoutent certains trimestres assimilés spécifiques selon la législation en vigueur — sont pris en compte pour déterminer si vous avez atteint la durée d’assurance requise pour le taux plein.
Cette distinction est fondamentale dans un exemple de calcul de retraite : un assuré peut avoir validé un grand nombre de trimestres au total tout en ne remplissant pas encore la condition de durée cotisée suffisante pour échapper à la décote. Il convient donc de toujours vérifier ces deux compteurs séparément sur votre relevé de carrière disponible sur le site de votre caisse de retraite.