Partir à la retraite plus tôt est possible dans plusieurs situations prévues par la réglementation. Selon votre carrière et votre situation personnelle, vous pouvez notamment bénéficier d’un départ anticipé pour carrière longue, handicap ou incapacité permanente.
Ces dispositifs permettent, sous conditions, de liquider sa retraite avant l’âge légal sans subir nécessairement de décote. À côté de ces mécanismes légaux, certaines entreprises peuvent également proposer des dispositifs d’aménagement de fin de carrière.
Pour bien préparer votre départ, il est donc essentiel de distinguer retraite anticipée, départ volontaire à la retraite et mise à la retraite par l’employeur.
D’emblée, il est important de souligner que le départ anticipé à la retraite concerne les assurés qui remplissent des conditions spécifiques.
Plusieurs dispositifs permettent un départ avant l’âge légal, notamment en cas de carrière longue, handicap, incapacité permanente, inaptitude ou exposition à l’amiante, sous réserve de remplir les conditions propres à chaque dispositif.
À côté de ces mécanismes légaux, certaines entreprises peuvent accompagner les fins de carrière à travers des accords ou dispositifs spécifiques, par exemple en aménageant le temps de travail ou en participant au financement de certains dispositifs, lorsque la réglementation et les accords applicables le permettent.
Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans, notamment pour les salariés du secteur privé et les agents publics concernés, à condition de justifier d’au moins 150 trimestres d’assurance et de réduire son activité professionnelle dans les limites prévues par la réglementation.
Ce dispositif permet de percevoir une fraction de sa retraite tout en poursuivant une activité réduite et en continuant à acquérir des droits pour sa retraite définitive.
Recourir au chômage pour partir plus tôt à la retraite : le pont chômage-retraite
Pour certains salariés proches de la retraite, une période de chômage indemnisé peut permettre de cesser son activité avant de liquider sa retraite, tout en continuant à valider des trimestres.
Cette situation peut notamment se présenter après un licenciement ou une rupture conventionnelle ouvrant droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Les périodes de chômage indemnisé permettent de valider un trimestre tous les 50 jours, dans la limite de quatre trimestres par an.
Il ne s’agit toutefois pas d’un dispositif de retraite anticipée à proprement parler. L’indemnisation dépend des droits ouverts auprès de France Travail et de leur durée. Lorsque l’assuré atteint son âge légal et dispose du nombre de trimestres requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein, l’indemnisation chômage cesse et il peut liquider sa retraite.
Si le taux plein n’est pas encore atteint à l’âge légal, l’indemnisation peut, sous certaines conditions et dans la limite des droits applicables, se poursuivre jusqu’à ce que les conditions du taux plein soient réunies.
Les trimestres assimilés : comment le chômage s'intègre dans votre calcul retraite
Les périodes de chômage indemnisé permettent de valider des trimestres assimilés pris en compte dans votre durée d’assurance retraite. Un trimestre est validé tous les 50 jours de chômage indemnisé, dans la limite de 4 trimestres par année civile.
Ces trimestres peuvent donc vous rapprocher du nombre de trimestres requis pour obtenir une retraite à taux plein. Ils présentent toutefois certaines limites :
ils valident de la durée d’assurance, mais aucune rémunération n’est reportée sur votre relevé de carrière au titre de ces périodes, ce qui peut avoir une incidence sur le montant de la pension ;
ils ne sont pas toujours traités comme des trimestres cotisés pour l’ensemble des dispositifs de départ anticipé ;
certaines périodes de chômage non indemnisé peuvent également être prises en compte, sous conditions et dans des limites de durée précises.
Il est donc important de vérifier sur votre relevé de carrière que les périodes de chômage ont bien été enregistrées et de demander une régularisation si nécessaire.
Les conditions et risques à anticiper
Recourir au chômage comme passerelle vers la retraite implique de maîtriser plusieurs contraintes :
Durée des droits limitée : l’ARE est versée pendant une durée qui dépend notamment de l’âge, de la période d’affiliation et du mode de rupture du contrat. Depuis le 1er septembre 2026, une rupture conventionnelle individuelle ouvre en métropole une durée maximale de 15 mois avant 55 ans et de 20,5 mois à partir de 55 ans, avec une possibilité de prolongation sous conditions pour certains allocataires de 55 ans et plus.
Risque de décalage : rien ne garantit que la durée de vos droits au chômage corresponde exactement au nombre de trimestres qu’il vous reste à valider avant le taux plein.
Conditions d’ouverture des droits : un licenciement, une rupture conventionnelle ou une fin de CDD peuvent ouvrir droit à l’ARE si les autres conditions sont remplies. Une démission n’ouvre pas automatiquement droit à l’indemnisation, sauf dans certains cas prévus par la réglementation.
Impact possible sur la retraite : les périodes de chômage permettent de valider des trimestres, mais aucune rémunération n’est reportée sur le relevé de carrière pour ces périodes. Selon votre parcours, cela peut avoir une incidence sur le montant de votre pension.
Évolutions réglementaires : les règles de chômage et de retraite peuvent évoluer entre la préparation du départ et sa mise en œuvre.
Simulation préalable : étape clé avant de prendre sa retraite plus tôt
Avant d’envisager cette stratégie, une simulation personnalisée et pluridimensionnelle est indispensable. Elle doit combiner :
- Un relevé de carrière complet et à jour, obtenu auprès de l’Assurance retraite (via Mon compte retraite), pour connaître précisément le nombre de trimestres validés et ceux qu’il vous manque.
- Une estimation de vos droits à l’ARE (durée et montant indicatif), à demander à France Travail avant toute rupture de contrat.
- Une comparaison entre le scénario « pont chômage-retraite » et les autres options disponibles (maintien en activité, retraite progressive, départ avec décote, etc.).
Compte tenu de la complexité des interactions entre règles chômage et règles retraite, il est vivement recommandé de consulter un conseiller retraite ou un expert en droit social pour valider la faisabilité de ce montage selon votre situation personnelle et confirmer si vous pouvez prendre votre retraite plus tôt dans de bonnes conditions. Une erreur d’appréciation peut avoir des conséquences définitives et coûteuses sur le montant de votre pension.
Négocier son départ volontaire : une option pour partir à la retraite plus tôt
Dans le cas d’un parcours professionnel complexe ou incomplet, il peut être utile de faire réaliser un bilan retraite personnalisé afin de vérifier les droits acquis, les périodes manquantes et les différentes options possibles avant de liquider sa retraite.
Certains cabinets spécialisés proposent un accompagnement pour reconstituer la carrière, comparer plusieurs dates de départ et évaluer les conséquences financières et fiscales d’une cessation d’activité plus ou moins précoce.
Il faut toutefois distinguer le départ volontaire à la retraite, décidé par le salarié, de la mise à la retraite, décidée par l’employeur dans les conditions prévues par la loi.
En cas de départ volontaire hors plan de sauvegarde de l’emploi, l’indemnité de départ est en principe soumise aux cotisations sociales et imposable sur le revenu.
En revanche, lorsqu’une mise à la retraite est décidée par l’employeur, une partie de l’indemnité peut être exonérée de cotisations sociales. Cette exonération est déterminée selon plusieurs limites prévues par la réglementation et ne peut pas dépasser 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 96 120 € en 2026.
Sur le plan fiscal, le traitement de l’indemnité dépend également de la nature du départ. Une indemnité imposable peut, dans certains cas, bénéficier du système du quotient applicable aux revenus exceptionnels.
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Prendre sa retraite plus tôt avec une décote : la solution accessible mais coûteuse
Lorsque vous ne remplissez pas les conditions d’un départ anticipé sans pénalité, vous pouvez néanmoins liquider votre retraite dès l’âge légal, même si vous n’avez pas encore acquis le nombre de trimestres nécessaire pour bénéficier du taux plein.
Dans ce cas, votre pension de retraite de base subit une décote définitive. Son montant dépend du nombre de trimestres manquants, dans les limites prévues par la réglementation.
Cette possibilité ne permet donc pas de partir avant l’âge légal : elle permet de cesser son activité dès cet âge sans attendre d’avoir atteint le taux plein.
Avant de choisir cette option, il est important de comparer le montant de la pension avec décote à celui que vous pourriez percevoir en poursuivant votre activité jusqu’au taux plein ou jusqu’à l’âge du taux plein automatique.
Comment fonctionne la décote sur la pension ?
La décote est une minoration définitive appliquée à la retraite de base lorsque vous liquidez vos droits avant l’âge du taux plein automatique sans avoir réuni la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein.
Pour déterminer la décote, l’Assurance retraite retient le nombre de trimestres manquants le plus faible entre :
les trimestres nécessaires pour atteindre la durée d’assurance requise ;
les trimestres restant à courir jusqu’à l’âge du taux plein automatique.
Le nombre de trimestres pris en compte est plafonné à 20.
Pour les générations actuelles, chaque trimestre manquant entraîne une minoration de 1,25 % du taux plein de 50 %, soit une diminution de 0,625 point du taux de liquidation par trimestre manquant.
Cette réduction est définitive : une fois la retraite liquidée avec décote, celle-ci n’est pas supprimée ultérieurement.
La décote concerne la retraite de base. Les régimes complémentaires, comme l’Agirc-Arrco, appliquent leurs propres règles de calcul et de minoration lorsque la retraite est liquidée sans remplir les conditions du taux plein.
Pour qui cette option est-elle pertinente ?
Accepter une décote est rarement la solution la plus avantageuse sur le plan financier. Elle peut néanmoins être pertinente dans certaines situations :
Raisons de santé ou de qualité de vie : lorsque la poursuite de l’activité professionnelle devient difficile et que les dispositifs permettant un départ anticipé à taux plein ne sont pas applicables.
Situation personnelle particulière : besoin de s’occuper d’un proche, projet de vie ou niveau d’épargne permettant de compenser durablement une pension moins élevée.
Faible nombre de trimestres manquants : lorsque seuls quelques trimestres font défaut, l’impact de la décote peut rester limité et être acceptable selon la situation.
Arbitrage entre départ immédiat et pension future : partir dès l’âge légal permet de percevoir sa retraite plus tôt, mais en contrepartie d’une pension définitivement réduite. Il faut donc comparer le gain lié à un départ immédiat avec la perte de pension sur la durée.
Dans tous les cas, simuler précisément l’impact de la décote sur votre pension est indispensable avant de prendre une décision.
Le simulateur disponible sur retraite.com permet notamment de comparer le montant estimé de votre pension selon votre âge de départ et votre nombre de trimestres validés, afin de mesurer concrètement le coût d’un départ dès l’âge légal sans attendre le taux plein.