Retraite progressive et licenciement : droits, indemnités et chômage

Ludovic Herschlikovitz
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La retraite progressive permet de réduire son activité professionnelle tout en percevant une partie de sa pension de retraite. Elle offre ainsi une transition progressive entre emploi et retraite complète.

Depuis le 1er septembre 2025, elle est accessible à partir de 60 ans, sous réserve de remplir les conditions prévues, notamment de justifier d’au moins 150 trimestres d’assurance. Pendant cette période, l’assuré continue à travailler et à cotiser, ce qui lui permet d’acquérir de nouveaux droits pris en compte lors de la liquidation définitive de sa retraite.

retraite progressive fin carriere

Chômage après une retraite progressive : quel impact sur le montant de l’ARE ?

En cas de licenciement pendant une retraite progressive, le montant de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) dépend des rémunérations retenues pour calculer le salaire journalier de référence. Une période travaillée à temps partiel peut donc avoir une incidence sur le montant de l’allocation, notamment si elle occupe une part importante de la période de référence.

Il n’est toutefois pas possible d’affirmer que l’ARE sera systématiquement calculée sur le seul dernier salaire à temps partiel ou qu’elle sera nécessairement inférieure dans une proportion déterminée. Le calcul dépend de l’ensemble des rémunérations et périodes prises en compte selon les règles de l’assurance chômage.

La pension perçue au titre de la retraite progressive doit également être déclarée à France Travail. Lorsqu’un demandeur d’emploi perçoit un avantage de vieillesse, le montant de l’ARE peut être réduit en fonction de son âge. À partir de 60 ans, la réduction correspond en principe à 75 % du montant de l’avantage de vieillesse, dans les conditions prévues par la réglementation de l’assurance chômage.

Pourquoi une période à temps partiel peut-elle réduire le montant de l’ARE ?

L’Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) est calculée à partir d’un salaire journalier de référence (SJR), établi selon les rémunérations retenues sur la période de référence précédant la fin du contrat. Une période travaillée à temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive peut donc diminuer le niveau des rémunérations prises en compte et avoir un effet sur le montant de l’allocation.

Il ne faut toutefois pas assimiler ce calcul au seul dernier salaire perçu. France Travail et l’Unédic tiennent compte des rémunérations entrant dans la période de référence applicable. L’impact réel du temps partiel dépend donc de la durée pendant laquelle il a été exercé et de la carrière récente du salarié.

La fraction de retraite progressive constitue par ailleurs un avantage de vieillesse qui doit être déclaré à France Travail. Les règles de cumul avec l’ARE dépendent de l’âge et de la situation de l’assuré ; il ne faut donc pas affirmer de manière générale que seule l’ARE peut être versée après le licenciement.

La période de chômage valide-t-elle des trimestres de retraite ?

Après un licenciement intervenu pendant une retraite progressive, une période de chômage peut continuer à produire des droits à la retraite.

Dans le régime général, 50 jours de chômage indemnisé permettent de valider un trimestre, dans la limite de 4 trimestres par année civile, quel que soit le montant de l’allocation chômage perçue.

Certaines périodes de chômage non indemnisé peuvent également être prises en compte pour la retraite de base, selon leur durée et la situation de l’assuré. Il ne faut donc pas limiter la validation des trimestres aux seules périodes pendant lesquelles l’ARE est effectivement versée.

Les trimestres assimilés acquis pendant le chômage entrent dans la durée d’assurance utilisée pour déterminer les droits à la retraite. Ils peuvent notamment contribuer à atteindre la durée nécessaire pour bénéficier d’une retraite sans décote, selon la situation de l’assuré.

Pour les salariés du secteur privé, les périodes de chômage indemnisé peuvent également donner lieu à l’attribution de points Agirc-Arrco, selon les règles du régime complémentaire. 

Qui peut prétendre à la retraite progressive et sous quelles conditions ?

Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible à partir de 60 ans, quelle que soit l’année de naissance. Le salarié doit également justifier d’au moins 150 trimestres auprès d’un ou plusieurs régimes de retraite de base.

Pour en bénéficier, il doit exercer une ou plusieurs activités à temps partiel ou à temps réduit représentant au total entre 40 % et 80 % d’un temps complet. La fraction de retraite versée correspond à la part d’activité abandonnée. Par exemple, une activité exercée à 60 % permet de percevoir 40 % de la retraite calculée provisoirement.

Lorsque le salarié souhaite réduire son temps de travail pour bénéficier de la retraite progressive, il doit adresser sa demande à son employeur au moins deux mois avant la date souhaitée. L’employeur dispose également de deux mois pour répondre. Son refus doit être motivé par l’incompatibilité de la durée de travail demandée avec l’activité économique de l’entreprise. En l’absence de réponse écrite et motivée dans ce délai, la demande est considérée comme acceptée. 

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Faillite de l'entreprise : même règle que le licenciement ?

Lorsqu’une entreprise est placée en liquidation judiciaire, la procédure peut conduire au licenciement économique des salariés. Pour un salarié bénéficiant d’une retraite progressive, la conséquence sur le versement de la fraction de pension est liée à la cessation de l’activité à temps partiel, quelle que soit la cause de la rupture du contrat.

SituationConséquence sur l’activitéEffet sur la retraite progressivePossibilité de reprise
Licenciement économique ou personnelCessation de l’activité à temps partielSuspension du versement de la fraction de pension à compter du premier jour du mois suivant celui où les conditions ne sont plus rempliesOui, si l’assuré reprend ensuite une activité remplissant les conditions de la retraite progressive
Licenciement dans le cadre d’une liquidation judiciaireCessation de l’activité à temps partielMême principe de suspensionOui, sous réserve de remplir à nouveau les conditions
Cessation définitive d’activité avec demande de retraite définitiveFin de la retraite progressiveLiquidation de la pension définitiveNon applicable

La liquidation judiciaire de l’employeur ne crée donc pas de régime particulier pour la retraite progressive : c’est la cessation de l’activité ouvrant droit au dispositif qui entraîne la suspension du versement de la fraction de pension.

L’assuré doit informer sa caisse de retraite de la cessation de son activité. En cas de reprise ultérieure d’une activité remplissant de nouveau les conditions de la retraite progressive, le versement peut reprendre selon les règles applicables.

Le licenciement peut par ailleurs ouvrir des droits à l’assurance chômage, sous réserve de remplir les conditions prévues par France Travail. La pension perçue au titre de la retraite progressive doit être déclarée et peut avoir une incidence sur le montant de l’ARE.

Indemnités de licenciement et retraite progressive : ce que vous percevez

Calcul de l'indemnité légale pour un salarié à temps partiel

Pour un salarié ayant travaillé successivement à temps plein puis à temps partiel dans la même entreprise, l’indemnité de licenciement est calculée proportionnellement aux périodes accomplies selon chacune de ces modalités. Cette règle est prévue par l’article L3123-5 du Code du travail.

Ainsi, lorsqu’un salarié a travaillé plusieurs années à temps plein avant de passer à temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive, le calcul tient compte séparément de ces deux périodes. Service-Public illustre également cette méthode de calcul pour les salariés ayant alterné temps complet et temps partiel.

L’indemnité légale de licenciement correspond au minimum à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis un tiers de mois par année au-delà de 10 ans.

Une convention collective, un accord ou le contrat de travail peut prévoir une indemnité plus favorable. Dans ce cas, les dispositions les plus avantageuses pour le salarié doivent être prises en compte selon les règles applicables. 

Les indemnités de licenciement ouvrent-elles des droits à la retraite ?

L’indemnité de licenciement bénéficie, dans certaines limites, d’une exonération de cotisations sociales. La fraction exonérée n’est donc pas soumise aux cotisations vieillesse et ne permet pas, à elle seule, d’acquérir des trimestres ou des points de retraite complémentaire.

Lorsque le montant versé dépasse les limites d’exonération prévues par la réglementation, la fraction excédentaire peut en revanche être soumise aux cotisations sociales. Il faut donc éviter d’affirmer que toute indemnité de licenciement est systématiquement sans effet sur les droits à retraite.

Pour l’Agirc-Arrco, les points sont acquis en contrepartie des cotisations de retraite complémentaire prélevées sur les rémunérations entrant dans l’assiette du régime.

Après le licenciement, les périodes de chômage peuvent également produire des droits à retraite dans certaines conditions, indépendamment de l’indemnité de rupture elle-même. Les périodes de chômage indemnisé peuvent notamment permettre l’attribution de trimestres au régime de base et de points Agirc-Arrco. 

Rupture conventionnelle et retraite progressive : une alternative au licenciement ?

Un salarié en retraite progressive peut convenir avec son employeur d’une rupture conventionnelle de son contrat de travail. Contrairement au licenciement, cette rupture repose sur un accord entre les deux parties et donne lieu au versement d’une indemnité spécifique, dont le montant ne peut être inférieur au minimum prévu par la réglementation ou la convention collective applicable.

La rupture du contrat entraîne toutefois la cessation de l’activité à temps partiel qui permettait de bénéficier de la retraite progressive. Le versement de la fraction de pension est alors suspendu. Il peut reprendre si l’assuré exerce ultérieurement une nouvelle activité remplissant les conditions de la retraite progressive.

Sous réserve de remplir les conditions d’indemnisation, une rupture conventionnelle peut également ouvrir droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Pour les ruptures conventionnelles individuelles dont la fin de contrat intervient à compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation chômage est réduite : elle est fixée à 15 mois pour les moins de 55 ans et à 20,5 mois pour les personnes âgées de 55 ans ou plus, avec des durées spécifiques dans les DROM-COM. Les règles de cumul entre l’ARE et un avantage de vieillesse restent par ailleurs applicables.

Rupture conventionnelle et licenciement : quels effets sur la retraite progressive ?

La rupture conventionnelle et le licenciement entraînent tous deux la fin du contrat de travail. Pour un salarié en retraite progressive, la conséquence sur le dispositif est donc comparable : lorsque l’activité à temps partiel cesse totalement, le versement de la retraite progressive est suspendu. L’assuré peut toutefois bénéficier à nouveau du dispositif s’il reprend ensuite une activité à temps partiel remplissant les conditions requises.

Les conséquences sur le contrat de travail et l’indemnisation chômage diffèrent en revanche selon le mode de rupture.

CritèreLicenciementRupture conventionnelle
Effet sur la retraite progressiveSuspension en cas de cessation totale de l’activité à temps partielSuspension en cas de cessation totale de l’activité à temps partiel
Droit à l’AREPossible sous réserve de remplir les conditions d’indemnisationPossible sous réserve de remplir les conditions d’indemnisation
Indemnité de ruptureIndemnité légale ou conventionnelle de licenciement, lorsque les conditions sont rempliesIndemnité spécifique de rupture conventionnelle, au moins égale à l’indemnité légale de licenciement
Début de l’indemnisation chômageDes différés d’indemnisation et un délai d’attente peuvent s’appliquerDes différés d’indemnisation et un délai d’attente peuvent s’appliquer
Reprise de la retraite progressivePossible en cas de nouvelle activité à temps partiel éligiblePossible en cas de nouvelle activité à temps partiel éligible
Origine de la ruptureDécision de l’employeur, reposant sur un motif de licenciementAccord entre l’employeur et le salarié

La rupture conventionnelle doit résulter du consentement commun de l’employeur et du salarié et respecter une procédure spécifique, notamment un délai de rétractation et une homologation administrative.

Droits à l’ARE après une rupture conventionnelle en retraite progressive

Une rupture conventionnelle peut ouvrir droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), sous réserve de remplir les conditions d’indemnisation prévues par l’assurance chômage. Le salarié doit notamment s’inscrire à France Travail et accomplir les démarches nécessaires après la fin de son contrat.

Le montant de l’ARE est calculé à partir des rémunérations retenues pour déterminer le salaire journalier de référence (SJR). Lorsqu’un salarié travaillait à temps partiel au moment de la rupture, le niveau de rémunération perçu pendant la période de référence peut donc avoir une incidence sur le montant de l’allocation. Il est toutefois préférable de ne pas résumer ce calcul à la seule formule « ARE calculée sur le salaire à temps partiel », car les règles tiennent compte de l’ensemble de la période de référence applicable.

Le versement d’une pension ou d’un avantage de vieillesse doit par ailleurs être déclaré à France Travail. Selon la situation de l’assuré, cette pension peut entraîner une adaptation du montant de l’ARE ou, lorsque les conditions d’une retraite à taux plein sont remplies, l’arrêt de l’indemnisation. 

La mise à la retraite par l'employeur : une troisième voie à connaître

Au-delà du licenciement et de la rupture conventionnelle, la mise à la retraite par l’employeur constitue une autre forme de rupture du contrat de travail susceptible d’affecter une retraite progressive.

Entre 67 et 69 ans, l’employeur peut proposer au salarié une mise à la retraite, mais celui-ci peut la refuser. L’employeur doit alors respecter la procédure prévue par le Code du travail. À partir de 70 ans, il peut mettre le salarié d’office à la retraite, sans avoir à obtenir son accord.

Pour un salarié bénéficiant d’une retraite progressive, la mise à la retraite entraîne la fin du contrat de travail et donc la cessation de l’activité à temps partiel sur laquelle reposait le dispositif. Le versement de la retraite progressive prend alors fin selon les règles applicables et le salarié doit engager les démarches nécessaires pour faire liquider définitivement ses droits à retraite.

La mise à la retraite ouvre droit à une indemnité de mise à la retraite, dont le montant ne peut être inférieur à celui de l’indemnité légale de licenciement.

En matière d’assurance chômage, il ne faut pas assimiler automatiquement la mise à la retraite à un licenciement ouvrant droit à l’ARE. L’indemnisation dépend notamment de la situation de l’assuré au regard de ses droits à retraite et des règles de cessation de l’ARE lorsque les conditions d’une retraite à taux plein sont remplies.

Que faire après un licenciement en retraite progressive : les étapes clés

Un licenciement en retraite progressive entraîne plusieurs démarches à effectuer : informer sa caisse de retraite de la cessation de l’activité à temps partiel, vérifier ses droits à l’ARE auprès de France Travail et décider, selon sa situation, de reprendre une activité compatible avec la retraite progressive ou de préparer son départ définitif à la retraite.

La cessation de l’activité entraîne la suspension du versement de la fraction de retraite progressive, en principe à compter du premier jour du mois suivant celui au cours duquel les conditions ne sont plus remplies. Il est donc important de signaler rapidement tout changement de situation afin d’éviter notamment un éventuel trop-perçu.

Les étapes ci-dessous permettent d’organiser ces démarches après la rupture du contrat.

Étape 1 : déclarer la perte d'emploi à sa caisse de retraite

Lorsqu’un salarié en retraite progressive cesse totalement son activité à temps partiel à la suite d’un licenciement, il doit signaler ce changement de situation à sa caisse de retraite. L’Assurance retraite précise que le paiement de la retraite progressive est suspendu lorsque l’assuré cesse toute activité à temps partiel.

Il est donc important d’informer rapidement la caisse de la fin du contrat de travail et de transmettre, si elle les demande, les justificatifs nécessaires à la mise à jour du dossier.

Cette démarche permet d’éviter que la fraction de retraite progressive continue d’être versée alors que les conditions du dispositif ne sont plus remplies, ce qui pourrait entraîner un trop-perçu à rembourser.

Étape 2 : s’inscrire à France Travail et faire examiner ses droits au chômage

Après un licenciement, le salarié peut s’inscrire auprès de France Travail afin de faire examiner ses droits à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). En principe, l’inscription doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin du contrat de travail. Elle peut être effectuée dès le lendemain de la fin du contrat.

Lors de cette démarche, il est important de déclarer précisément sa situation, notamment le bénéfice antérieur d’une retraite progressive. Le montant de l’ARE est déterminé à partir d’un salaire journalier de référence (SJR) calculé à partir des rémunérations retenues sur la période de référence. Une période travaillée à temps partiel peut donc avoir une incidence sur le montant de l’allocation, sans qu’il soit possible d’affirmer que celle-ci est calculée uniquement sur le dernier salaire à temps partiel.

Les périodes de chômage indemnisé continuent par ailleurs à produire certains droits à la retraite. Pour le régime général, un trimestre est validé tous les 50 jours de chômage indemnisé, dans la limite de quatre trimestres par année civile.

Enfin, l’inscription rapide peut être utile pour éviter de retarder certaines étapes de l’indemnisation. Le délai d’attente de sept jours, lorsqu’il s’applique, ne commence notamment à courir qu’une fois la personne inscrite comme demandeur d’emploi.

Étape 3 : reprendre une activité à temps partiel pour bénéficier à nouveau de la retraite progressive

Après un licenciement, la retraite progressive n’est pas nécessairement interrompue de façon définitive. Si le salarié reprend une activité à temps partiel remplissant les conditions du dispositif, sa situation peut de nouveau ouvrir droit au versement d’une fraction de sa retraite.

Pour un salarié, la durée de travail doit représenter entre 40 % et 80 % d’un temps complet. Le salarié doit également continuer à remplir les autres conditions de la retraite progressive, notamment celles relatives à l’âge et à la durée d’assurance.

Une nouvelle demande ou une mise à jour du dossier auprès des caisses concernées peut être nécessaire afin de tenir compte de la nouvelle activité. La fraction de retraite versée dépend de la quotité de travail : par exemple, une activité exercée à 80 % permet de percevoir 20 % de la retraite calculée.

La reprise d’une activité permet également de continuer à cotiser et à acquérir des droits qui seront pris en compte lors du calcul définitif de la retraite.

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