Entre les tableaux institutionnels qui se contentent d’afficher des dates et la réalité de votre situation personnelle, il existe un écart : génération par génération, profil par profil (salarié, carrière longue, fonctionnaire, femme), nous détaillons ce qui change réellement, ce qui reste stable, et comment vérifier où vous en êtes sans attendre la loi définitive.
Que change vraiment la suspension de la réforme des retraites ?
Comprendre la réforme des retraites suppose de distinguer deux textes : la loi du 14 avril 2023, qui a fixé la trajectoire de relèvement de l’âge légal de départ à la retraite et de la durée d’assurance, et la LFSS pour 2026, qui interrompt provisoirement cette trajectoire sans l’annuler. En clair, la mécanique de départ progressif décidée en 2023 ne recule pas, elle est mise en pause : les générations qui devaient franchir un nouveau palier d’âge ou de trimestres à partir de septembre 2026 restent, pour l’instant, au niveau où elles se trouvaient avant l’accélération prévue.
La réforme Borne de 2023 : ce qu'il faut retenir
Un objectif de pension minimale a été affiché pour les carrières complètes rémunérées au SMIC, avec un minimum contributif revalorisé afin d’atteindre environ 85 % du SMIC net pour une carrière pleine.
Le décret de suspension et son calendrier
La suspension inscrite dans la LFSS 2026 gèle l’augmentation de l’âge légal et du nombre de trimestres requis pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Cette pause est annoncée jusqu’au 1er janvier 2028, une échéance qui tient compte du calendrier politique, notamment de l’élection présidentielle de 2027. Il ne s’agit donc pas d’une abrogation de la réforme de 2023, mais d’un arrêt temporaire de sa montée en charge.
Qui est concerné par la réforme des retraites et sa suspension ?
Mais la suspension, elle, ne touche pas uniformément toutes ces générations : elle bénéficie en priorité aux assurés nés entre 1964 et 1968, dont le calendrier de relèvement est ralenti, voire figé, par rapport à la trajectoire initiale.
Qui n'est pas concerné par la réforme ?
Certains profils restent en dehors du champ de la réforme et de sa suspension. C’est le cas des personnes ayant déjà liquidé leur pension avant l’entrée en vigueur des textes : leur situation ne peut pas être recalculée rétroactivement. C’est également le cas de certains régimes spéciaux qui n’avaient pas été alignés sur le calendrier général de la réforme de 2023 et qui suivent des règles propres. Pour ces profils, ni la réforme initiale ni la suspension de 2026 ne modifient les conditions déjà acquises.
Qui est réellement concerné par la suspension ?
Ce sont avant tout les actifs proches de l’âge de départ, dont le dossier était censé basculer sur un palier d’âge ou de trimestres plus exigeant à partir de septembre 2026. En pratique, il s’agit essentiellement des générations 1964 à 1968, pour qui le gel se traduit par un départ possible un peu plus tôt, ou avec un peu moins de trimestres exigés, que ce que prévoyait le calendrier initial.
Quelles années de naissance sont concernées par la réforme des retraites ?
Nés avant 1961 : aucun changement
La suspension de 2026 n’a, par construction, aucun effet sur leur situation puisqu’elle porte sur un calendrier qui ne les concernait pas.
Nés entre 1961 et 1968 : la montée en charge progressive
C’est sur cette tranche de générations que se concentre toute la complexité de la réforme.
C’est précisément cette progression, prévue pour continuer génération après génération, que la LFSS 2026 vient interrompre à partir de septembre 2026, sans revenir sur ce qui était déjà acquis pour les générations antérieures à 1964.
Générations 1964 et 1968 : l'impact concret du gel
Pour la génération 1964, le calendrier initial prévoyait un départ à 63 ans avec 171 trimestres ; après suspension, un départ à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres reste possible pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 (Source : service-public.gouv.fr). Pour la génération 1968, qui devait être la première à atteindre le plafond de 64 ans avec 172 trimestres, la suspension limite pour l’instant l’âge de départ à 63 ans et 9 mois au maximum, sans atteindre le palier final initialement prévu (Source : service-public.gouv.fr).
Nés en 1966, 1969 ou après : quel âge légal de départ ?
Ces générations relèvent en principe du palier final de 64 ans et 172 trimestres fixé par la loi de 2023, et c’est la reprise éventuelle du calendrier, prévue au 1er janvier 2028, qui déterminera si et comment elles seront concernées à leur tour.
Tableau de la suspension de la réforme des retraites : âge légal et trimestres requis par génération
Le tableau ci-dessous récapitule la trajectoire initiale de la réforme de 2023 et ce que l’on sait, à date, de son gel par la LFSS 2026.
Les textes officiels et les tableaux administratifs précisent désormais les âges applicables aux générations 1964 à 1968. Il n’est donc plus nécessaire de présenter les générations 1966 et 1967 sous la forme d’une simple fourchette : l’âge légal est de 63 ans et 3 mois pour 1966, de 63 ans et 6 mois pour 1967 et de 63 ans et 9 mois pour 1968.
| Date de naissance | Âge légal de départ | Durée d’assurance requise pour le taux plein |
|---|---|---|
| 1er janvier au 31 août 1961 | 62 ans | 168 trimestres |
| 1er septembre au 31 décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 trimestres |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 trimestres |
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1er janvier au 31 mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1er avril au 31 décembre 1965 | 63 ans | 171 trimestres |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 trimestres |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| À partir du 1er janvier 1969 | 64 ans | 172 trimestres |
Carrière longue et réforme des retraites 2026 : quelles conséquences de la suspension ?
En revanche, le nombre de trimestres exigés pour partir à taux plein dépend toujours de la génération, et c’est là que le gel produit un effet concret. La génération 1965 est particulièrement représentative : le nombre de trimestres requis, initialement fixé à 172, passe à 170 pour les assurés nés du 1er janvier au 31 mars 1965, et à 171 pour ceux nés du 1er avril au 31 décembre 1965, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
Départ anticipé dès 58, 60 ou 62 ans : les conditions
Ces bornes s’appliquent sous réserve de remplir les conditions de trimestres validés et cotisés propres à chaque génération. La suspension du calendrier général n’annule pas ces seuils d’âge, mais elle peut modifier le nombre exact de trimestres à valider selon l’année de naissance, comme le montre l’exemple de la génération 1965.
Fonctionnaires et catégories actives : ce qui change avec la suspension
Pour les fonctionnaires, la logique reste la même que dans le régime général : l’âge légal et la durée d’assurance suivent le calendrier fixé par la réforme de 2023, désormais gelé par la LFSS 2026 pour les générations 1964 à 1968. Les catégories actives et super-actives, qui bénéficient d’un âge d’ouverture des droits anticipé en raison de la pénibilité ou du risque particulier de leurs fonctions, conservent le principe de cet avantage : la suspension porte sur le calendrier général de relèvement, pas sur l’architecture propre aux catégories actives.
Les femmes et la réforme des retraites : quels ajustements en 2026 ?
La question des femmes face à la réforme des retraites se pose surtout sous l’angle des carrières incomplètes ou hachées, plus fréquentes statistiquement chez les assurées ayant réduit ou interrompu leur activité pour des raisons familiales.
La réforme de 2023 a poursuivi un objectif de revalorisation des petites pensions pour certaines carrières complètes rémunérées au SMIC. Toutefois, le minimum contributif ne constitue pas une garantie générale de 85 % du SMIC net. Son montant et son attribution dépendent de conditions précises de durée d’assurance, de trimestres cotisés, de taux plein et de niveau global des pensions. En 2026, les montants de référence sont notamment de 903,93 euros brut par mois dans le cas le plus favorable et de 756,29 euros brut par mois dans certains autres cas.
Faut-il revoir sa stratégie de départ à la retraite dès maintenant ?
Compte tenu de l’incertitude qui entoure la reprise du calendrier après 2028, la réponse la plus raisonnable consiste à ne pas attendre une clarification législative définitive avant de faire le point. Les paramètres qui vous concernent, âge légal, trimestres validés, éventuel droit à un départ anticipé pour carrière longue, dépendent de votre date de naissance précise et de votre parcours professionnel, et non d’une règle générale valable pour tous.
Impact sur le cumul emploi-retraite
Non : ce dispositif reste régi par les règles issues de la loi du 14 avril 2023, entrées en vigueur depuis le 1er septembre 2023.
Nos conseils pour anticiper malgré l'incertitude
Plutôt que de subir l’incertitude du calendrier suspendu, il est utile de situer précisément sa propre génération dans les tableaux ci-dessus, de vérifier le nombre de trimestres réellement validés à ce jour, et d’identifier si un dispositif spécifique, carrière longue, catégorie active, majoration familiale, s’applique à sa situation. Un bilan retraite personnalisé permet de faire ce point en quelques minutes, en croisant relevé de carrière et règles applicables à sa génération, plutôt que d’attendre une version définitive de la loi dont l’échéance reste, à ce stade, fixée au 1er janvier 2028.
La suspension de la réforme des retraites est-elle définitive ?
Non, elle est présentée par les textes actuels comme temporaire : la LFSS 2026 gèle le calendrier de relèvement de l’âge légal et des trimestres requis pour les départs à compter du 1er septembre 2026, avec une échéance de reprise annoncée au 1er janvier 2028, un horizon qui tient compte du calendrier électoral de 2027.
La LFSS 2026 modifie le calendrier applicable à certaines générations et à certaines situations pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les sources administratives présentent cette évolution comme une suspension jusqu’en 2028. Il est toutefois préférable de ne pas parler d’une reprise automatique de la trajectoire de 2023 : les règles applicables après cette échéance dépendront des textes qui seront alors en vigueur.
Les règles de retraite sont-elles définitivement stabilisées jusqu’en 2032, comme on peut parfois le lire ? Aucun texte officiel disponible à ce jour ne fixe un tel horizon : la seule échéance communiquée est celle du 1er janvier 2028, date à laquelle le calendrier pourrait reprendre, être prolongé ou être révisé. Toute affirmation portant sur une stabilité au-delà de cette date reste, en l’état, une hypothèse et non une certitude, ce qui justifie de suivre l’actualité législative et de réévaluer régulièrement sa propre situation plutôt que de se fier à un calendrier figé une fois pour toutes.
FAQ - Réforme des retraites : qui est concerné ?
Qui est concerné par la réforme des retraites ?
Que change la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ?
La suspension de la réforme est-elle définitive ?
Quel est l’âge légal de départ à la retraite selon l’année de naissance ?
- 62 ans pour les personnes nées entre le 1er janvier et le 31 août 1961 ;
- 62 ans et 3 mois pour les personnes nées entre le 1er septembre et le 31 décembre 1961 ;
- 62 ans et 6 mois pour la génération 1962 ;
- 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 et 1964, ainsi que pour les personnes nées entre janvier et mars 1965 ;
- 63 ans pour les personnes nées entre avril et décembre 1965 ;
- 63 ans et 3 mois pour la génération 1966 ;
- 63 ans et 6 mois pour la génération 1967 ;
- 63 ans et 9 mois pour la génération 1968 ;
- 64 ans pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1969.
Combien de trimestres faut-il pour obtenir le taux plein ?
- 168 trimestres pour les personnes nées entre janvier et août 1961 ;
- 169 trimestres pour les personnes nées entre septembre 1961 et décembre 1962 ;
- 170 trimestres pour les personnes nées entre janvier 1963 et mars 1965 ;
- 171 trimestres pour les personnes nées entre avril et décembre 1965 ;
- 172 trimestres à partir de 1966.
Quelle est la règle pour les personnes nées en 1964 ?
Quelle est la règle pour les personnes nées en 1965 ?
- personnes nées entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 : départ à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres requis ;
- personnes nées entre le 1er avril et le 31 décembre 1965 : départ à 63 ans, avec 171 trimestres requis.
Les personnes nées en 1968 partiront-elles à 64 ans ?
Existe-t-il un âge légal de départ à 65 ans ?
Peut-on partir avant l’âge légal grâce à une carrière longue ?
- avoir commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans ;
- justifier d’un nombre minimal de trimestres en début de carrière ;
- avoir validé une durée minimale d’assurance cotisée.
Les fonctionnaires sont-ils concernés par la suspension ?
Les droits liés aux enfants sont-ils modifiés ?
Le minimum contributif garantit-il 85 % du SMIC net ?
La suspension modifie-t-elle le cumul emploi-retraite ?
Les personnes qui ont déjà liquidé leur retraite sont-elles concernées ?
Comment vérifier son âge de départ à la retraite ?
- le nombre de trimestres validés et cotisés ;
- les périodes assimilées ;
- un éventuel début d’activité avant 16, 18, 20 ou 21 ans ;
- l’existence d’un emploi en catégorie active ou super-active ;
- les droits liés aux enfants ;
- les éventuelles situations de handicap, d’inaptitude ou d’incapacité.