Atteindre la vieillesse, l'ultime consécration pour les Meru

Atteindre la vieillesse, l'ultime consécration pour les Mer

En France, comme dans beaucoup de sociétés occidentales, nous avons tendance à nous représenter le cycle de la vie sous la forme d’une courbe ascendante puis descendante. Après une phase de développement et de maturation continue jusqu’au matin de la vie où l’individu est alors en pleine possession de ses capacités et ses aptitudes, commence une phase régressive qui se poursuit jusqu’à la mort. Dans le cycle de la vie, la vieillesse constitue donc le point culminant du déclin des capacités et de l’être dans toutes ses dimensions.

Difficile de l’imaginer, mais cette représentation n’est pas universellement partagée. Parmi les contre-exemples, il est une société à l’organisation sociale tout à fait particulière dont a rendu compte l’ethnologue Anne-Marie Peatrik à la fin des années 1980. C’est la société Meru au Kenya. Dans l’état des lieux dressé à l’époque par l’ethnologue, les Meru partageaient une représentation de la vie et de la vieillesse très éloignée de la nôtre.

L’image de l’escalier ascensionnel

Dans la société Meru, l’existence humaine suit une trajectoire ascensionnelle, ou plus exactement un escalier ascensionnel avec ses paliers correspondant aux différents rôles sociaux tenus par l’individu au cours de sa vie. Dès lors, vieillir procède d’une trajectoire de bonification continue et graduée, mais une trajectoire qui n’est pas donnée à tout le monde. En effet, le vieillissement chez les Meru est associé à une idée d'excellence et de réussite. Autrement dit, l’âge ne relève pas d’une accumulation d’années qui se ferait indépendamment de nous. Il représente, au contraire, un échelon de la vie que l’on atteint parce que l’on a surmonté et réussi le parcours de vie précédent. Devenir vieux constitue donc un aboutissement !

Est-ce à dire que le vieillissement n’a pas de prise sur les corps vieillissants des Meru ?

Non, les changements physiques et physiologiques font partie des constantes du processus de vieillissement. Alors certes, ce processus ne va pas s’exprimer de la même manière, avec la même intensité, selon les individus, mais aussi selon le type d’environnement dans lequel ils évoluent. Néanmoins, personne n’y échappe complètement. Ce qui est différent chez les Meru, c’est que cette évolution du corps avec l’âge n’est pas ce qui compte le plus. L’individu poursuit son développement tout au long de sa vie et ce n’est qu’aux âges les plus avancés qu’il acquière la compétence la plus aboutie et la plus valorisée socialement, celle de la parole et de l’esprit qui lui permet de tenir un rôle social extrêmement important notamment dans l’initiation des autres membres.

L’apogée du développement humain commence à 65 ans !

Après avoir rempli et occupé les différents rôles qu’un homme ou une femme doit accomplir au cours de sa vie, après avoir réussi toutes les initiations, l’individu accède aux alentours de 65 ans à l’échelon social le plus important en devenant un “Accompli”.

Accompli parce qu’il a réussi à passer toutes les épreuves de la vie, à surmonter les difficultés de l’existence, à échapper à la maladie ou aux malédictions… C’est cette réussite “existentielle” qui lui octroie le droit d’exercer les plus hautes fonctions. Mais aussi parce que ce parcours réussi lui permet d’être au plus près de ce qui représente chez les Meru une sorte d’entité créatrice (Ngaï ou Murungu). Cette proximité avec l’au-delà lui confère alors la puissance de la parole et de l’esprit, des capacités grâce auxquelles il accède à la responsabilité des affaires religieuses et des rites de passage.

Trop vieux pour jouer un rôle

Mourir Accompli au plus près du Ngaï constitue la mort idéale, celle qui survient au bon moment. Elle est ainsi dignement fêtée par tout le groupe social. Mais si mourir vieux est un honneur, mourir trop vieux ne l’est plus vraiment. Car il existe aussi chez les Meru une autre classe générationnelle appelée “sntindiri” ou “ceux qui attendent à ne rien faire”. Ceux-là ne sont pas morts au bon moment ! Ils s’attardent dans l’existence alors que plus aucun rôle social ne leur est dédié. Ce sont des “grands vieillards” qui n’ont plus la force de subvenir à leurs besoins ou de se déplacer, ni même les dents pour s’alimenter.
Atteindre cette catégorie d’âge n’est point un honneur. Leur mort trop tardive ne fait d’ailleurs l’objet d’aucune célébration par le groupe.

Un traitement différencié du "très grand âge"

Ce point est très intéressant car finalement, même dans une société où la vieillesse apparaît comme l’ultime maturation du développement humain, le “très grand âge” pose question au collectif. Il faut dire que la société Meru repose sur une organisation sociale très spécifique en « classes générationnelles » qui évoluent de manière synchronisée entre elles. Ainsi, par exemple, père et fils ne feront jamais partie de la même classe et ne partageront jamais le même statut et le même rôle social. Ce type d’organisation a le mérite de réguler les rapports de force pouvant exister entre les générations dans la passation des fonctions sociales et la transmission du pouvoir. Mais elle implique aussi une régularisation des âges qui passe notamment par un contrôle des naissances. Or les “sntindiri” échappent finalement à cette régularisation sociale en dépassant les limites de l'existence pour le groupe. Dans ces itinéraires de vie extrêmement codifiés, rien n'est prévu pour ces grands vieillards. Ce sont des "survieux" sans fonctions particulières mais dont le groupe va néanmoins s'occuper.

La mise en miroir avec nos propres questionnements autour du "très grand âge" est frappante. Bien que nos cultures diffèrent dans la manière d’interpréter l’avancée en âge, le traitement de l’allongement de la vie soulève néanmoins des interrogations similaires dans les deux sociétés.


Pour aller plus loin :
Peatrik, A.-M. (2001). « Vieillir ailleurs et ici : l’exemple des Meru du Kenya ». Retraite et société 34(3) : 151-165. https://www.cairn.info/revue-retraite-et-societe1-2001-3-page-151.htm
Peatrik, A.-M. (1990). Génération Meru : modes d’emploi une enquête sur les implications écologiques d’un système générationnel Bantou (Meru Tigania-Igembe, Kenya). Thèse de Doctorat en ethnologie. Université de Paris X Nanterre.

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