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La vieillesse “n’est qu’un mot”

La vieillesse “n’est qu’un mot”
En Partenariat avec Retraite.com, Véronique Cayado, Docteure en Psychologie, Membre de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), Membre et Ingénieure de recherche de l’Institut du bien vieillir "Oui Care",  apporte sa vision du "bien vieillir" pour accompagner nos lecteurs à appréhender leur retraite dans un esprit positif et dynamique. 
 

Qu’est-ce qui fait de nous une vieille personne ? Étrange question que celle-ci, non pas parce que la réponse est évidente, mais parce qu’on la croit évidente. Mais dès lors que l’on essaie d’y répondre, l’explication semble se défiler aussi insaisissable que l’eau entre nos doigts.

L’âge apparaît a priori comme la réponse la plus juste.

Une personne âgée est une « personne plus âgée que la moyenne des autres personnes de la population dans laquelle elle vit » (Dictionnaire des personnes âgées, de la retraite et du vieillissement, 1984) [1]. Quand la statistique vient au secours du sens pour porter avec toute son objectivité la signification d’un mot, le moins que l’on puisse dire c’est que le mot pose problème !! Mais au final, sommes-nous plus avancés ?

L'objectivité n’est qu’apparence car, non seulement la formule reste imprécise, mais l’âge n’est finalement qu’un critère social comme un autre. Ainsi, le fait même de compter en années la trajectoire humaine est une manière de penser, non pas universelle, mais propre à une culture considérée. Comme le souligne l’anthropologue Bernadette Puijalon, “nos ancêtres ignoraient le nombre de leurs années et le découpage de la vie se faisait en fonction des événements et des changements qui jalonnaient le cours de l’existence” [2].

Il faut savoir que l’âge n’est devenu un instrument de mesure de l’évolution biologique que tardivement dans l’histoire des sociétés occidentales. En France, cela remonterait à l’obligation faite au clergé, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), d’enregistrer les baptêmes, mariages et décès [3]. Ainsi, parce que la société s’était dotée d’un calendrier spécifique et que les pouvoirs en place avaient décidé de tracer dans les grandes lignes leur population, il était devenu possible d’évaluer la durée de vie des individus en années. Mais avant cela, comme dans d’autres régions dans le monde, on ne cherchait pas à mesurer précisément la durée de vie, notamment parce que cela n’avait pas d’intérêt au regard du fonctionnement social.

Chaque culture, chaque société développe sa propre compréhension et interprétation de l’avancée en âge en cohérence avec son organisation socio-économique, sa démographie, ses modèles culturels, etc.

Mais alors qu’est-ce qui fait de nous une vieille personne ? Existe-t-il quand même des traits saillants ?

Selon Georges Minois [4], il existerait des marqueurs communs de la vieillesse qui se retrouvent dans la plupart des cultures et des époques considérées : il s’agit de

  • la fragilité physique,
  • de l’altération des traits,
  • et de l’accumulation des savoirs liés à l’expérience.
Néanmoins, si ces traits sont généralement associés à la vieillesse, chaque société va les considérer en fonction de ces modèles culturels dominants. Elles ne vont donc pas en avoir la même lecture, offrant aux plus vieux des statuts et des conditions de vie bien différents. Pour exemple, une société basée sur l’oral et la coutume laissera aux anciens une place plus enviable car les savoirs accumulés par eux les rendront plus précieux à la survie du groupe et leur fonction de dépositaires de la tradition leur octroiera un statut privilégié plus au centre des relations sociales et des liens entre générations.

Un autre paramètre semble majeur dans la définition de la vieillesse et des âges de la vie : il s’agit de la présence d'événements dans la trajectoire qui entraînent un changement de rôle social. On devient alors “officiellement” vieux aux yeux des autres. On pensera bien sûr au passage à la retraite comme le marqueur social par excellence dans notre société. On est loin du rite initiatique vécu avec tout le collectif, mais il en est ainsi dans les sociétés plus individualistes. Il n’y a pas à proprement parler un événement transitionnel, mais plutôt des petits événements souvent indépendants les uns des autres. Quoi qu’il en soit, et c’est certainement cela le plus important, être une vieille personne se vit pour beaucoup dans le regard des autres.

veronique cayado Véronique Cayado, Docteure en Psychologie, Membre de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), Membre et Ingénieure de recherche de l’Institut "Oui Care", 

[1] Ce dictionnaire a été publié par la commission de terminologie mise en place en 1983 par le premier Secrétariat d’Etat en charge des personnes âgées : In Trincaz, J., Puijalon, B. & Humbert, C. (2011). “Dire la vieillesse et les vieux”. Gérontologie et société, 138(34) : 113-126.

[2] Puijalon, B. (2000). “Exposé introductif : l’alliance des âges”, p. 6. In Actes du colloque “L’hôpital de nos familles : un partage au-delà des âges”, 14 juin 2000, Fondation Hôpitaux de Paris Hôpitaux de France - https://www.fondationhopitaux.fr/wp-content/uploads/2015/12/colloque-l-hopital-de-nos-familles.pdf

[3] Peatrik, A.-M. (2003). L’océan des âges. L’Homme Revue française d’anthropologie.  

[4] Minois, G. (1987). Histoire de la vieillesse. Librairie Arthème Fayard.

Etude des Notaires de France : Les Français et la protection

Etude des Notaires de France : Les Français et la protection

A l’occasion de leur 116e Congrès (8 – 10 octobre 2020), les Notaires de France dévoilent ce jour les résultats d’une étude inédite sur les Français et la protection réalisée par Harris Interactive du 21 au 27 septembre 2020 auprès d’un échantillon national représentatif de 1592 personnes.

Une Etude pour évaluer l'intrêt de protéger ses proches 

Cette étude menée par Harris Interactive pour le compte des Notaires de France met en avant de nombreuses tendances  sur le besoin des Français de protéger leur proches et eux même dans un environnement juridique par toujours évident à comprendre. L'accompagnement d'un Notaire pour conforter sa protection et celle de ses proches apparait alors comme un pré-requis necessaire. 

Principaux points de l'étude sur un fort besoin de protection exprimé par les français que ce soit pour eux-mêmes ou leurs proches :

  • Une loi qui ne protège pas assez selon les Français malgré un besoin de protection qui s’est accru avec la Covid-19
  • Une majorité des Français bien informés des singularités du PACS en matière de protection mais qui méconnaissent le dispositif « mandat de protection future »
  • Pour les Français, les Notaires bénéficient d’un « capital confiance » élevé en matière de protection
  • Un fort besoin de protection exprimé par les Français pour eux-mêmes ou leurs proches

Ce besoin de protection est plus important s’agissant du premier cercle familial (les enfants : 83%, le conjoint : 76%). Il concerne également une majorité de Français pour la protection des petits enfants (71% des concernés) et de leurs parents (62% des concernés).

A 53%, le besoin de protéger d’autres membres de la famille potentiellement vulnérables reste à un niveau élevé même s’il est moins répandu. Les Français en position « d’aidants » se montrent particulièrement sensibles à la question de la protection de leurs proches, notamment de leurs parents (75 % ressentent le besoin de les protéger).

De la même manière, les ¾ des Français manifestent globalement un fort besoin de protection de leur patrimoine (74%), de leur logement (78%) et de leur retraite (75%).

Le besoin de protéger sa retraite est particulièrement élevé au sein des 35-49 ans (82%), une frange de la population qui s’inquiète sans doute plus que les autres de la pérennité du régime actuel/ et/ou de la réforme en cours. Enfin, 78% des personnes interrogées peuvent vouloir , le cas échéant, protéger leur entreprise/activité professionnelle.

Une loi qui ne protège pas assez selon les Français, un besoin de protection accru avec la Covid-19

Quel que soit le sujet, les Français ont la perception d’être insuffisamment protégés par la loi. Ils sont seulement 46 % à estimer qu’elle n’est pas assez protectrice pour le logement (vs 45% « Oui »), mais également pour leur entreprise / activité professionnelle (49% « Non » vs 40% « Oui »). L’écart est encore plus important pour la retraite (54% « Non » vs 38% « Oui ») et leur patrimoine (48% « Non » vs 39% « Oui »).
 
Ce sentiment a pu s’accentuer depuis les derniers mois dans le contexte de crise sanitaire. Il a accru le besoin de protection des Français. Une large majorité d’entre eux (62%) déclarent réfléchir à davantage se protéger ou protéger leurs proches dans le contexte de la Covid-19. Ce ressenti d’une plus grande protection impacte particulièrement les plus jeunes (76% des moins de 35 ans), les aidants (74%), ceux détenant un faible patrimoine (73%) et les femmes (69%).
 
Dans ce cadre, 21% des Français déclarent avoir déjà entrepris des démarches pour souscrire à des dispositifs de protection que ce soit pour eux même ou leurs proches et 34% expriment l’intention de le faire. Les initiatives entreprises ou susceptibles de l’être décroissent avec l’âge, les Français les plus âgés ont sans doute davantage pris des mesures pour se protéger.
 
66 % des parents ont déjà entrepris des démarches ou envisagent de le faire afin de protéger leurs enfants. Suivent ensuite leur retraite (pour 49% des concernés et 55% des 35-49 ans), leur patrimoine (48%), le chiffre atteint 85% dès lors que le patrimoine devient conséquent, (supérieur à 500.000 €) et enfin leur logement (45% dont 55% des Franciliens).
 
Si les Français pensent davantage à se protéger, ils ont peu à l’esprit le mandat de protection future. Seuls 24% des Français indiquent connaître ce dispositif méconnu malgré une réelle utilité. On note d’ailleurs que 45% des répondants en position d’aidants connaissent son existence.

La majorité des Français est bien informée des singularités du PACS en matière de protection.

Plus de 20 ans après sa création, les caractéristiques du PACS en matière de protection sont bien assimilées par la grande majorité des Français. 74% des répondants déjà pacsé(e)s ou qui envisagent de le faire indiquent savoir que, en cas de décès d’un des conjoints et sans testament préalable, l’héritage ne reviendrait pas de plein droit au partenaire mais à la famille. Le pourcentage atteint 82% au sein des couples déjà pacsés versus ceux qui envisagent de le faire (63%).

Les Notaires bénéficient d’un « capital confiance » élevé en matière de protection

Pour 70% des personnes interrogées, les Notaires sont les interlocuteurs qui bénéficient du capital confiance le plus élevé pour assurer leur protection personnelle et celles de leurs proches (20% leur font « tout à fait confiance »). Viennent ensuite les avocats (68%), puis les experts comptables (63%).

Le niveau de confiance à l’endroit des notaires est plus élevé auprès des publics les plus âgés et des plus hauts revenus, des propriétaires et de ceux disposant d’un patrimoine. C’est moins le cas parmi les plus jeunes qui leur préfèrent les avocats.

Atteindre la vieillesse, l'ultime consécration pour les Meru

Atteindre la vieillesse, l'ultime consécration pour les Mer

En France, comme dans beaucoup de sociétés occidentales, nous avons tendance à nous représenter le cycle de la vie sous la forme d’une courbe ascendante puis descendante. Après une phase de développement et de maturation continue jusqu’au matin de la vie où l’individu est alors en pleine possession de ses capacités et ses aptitudes, commence une phase régressive qui se poursuit jusqu’à la mort. Dans le cycle de la vie, la vieillesse constitue donc le point culminant du déclin des capacités et de l’être dans toutes ses dimensions.

Difficile de l’imaginer, mais cette représentation n’est pas universellement partagée. Parmi les contre-exemples, il est une société à l’organisation sociale tout à fait particulière dont a rendu compte l’ethnologue Anne-Marie Peatrik à la fin des années 1980. C’est la société Meru au Kenya. Dans l’état des lieux dressé à l’époque par l’ethnologue, les Meru partageaient une représentation de la vie et de la vieillesse très éloignée de la nôtre.

L’image de l’escalier ascensionnel

Dans la société Meru, l’existence humaine suit une trajectoire ascensionnelle, ou plus exactement un escalier ascensionnel avec ses paliers correspondant aux différents rôles sociaux tenus par l’individu au cours de sa vie. Dès lors, vieillir procède d’une trajectoire de bonification continue et graduée, mais une trajectoire qui n’est pas donnée à tout le monde. En effet, le vieillissement chez les Meru est associé à une idée d'excellence et de réussite. Autrement dit, l’âge ne relève pas d’une accumulation d’années qui se ferait indépendamment de nous. Il représente, au contraire, un échelon de la vie que l’on atteint parce que l’on a surmonté et réussi le parcours de vie précédent. Devenir vieux constitue donc un aboutissement !

Est-ce à dire que le vieillissement n’a pas de prise sur les corps vieillissants des Meru ?

Non, les changements physiques et physiologiques font partie des constantes du processus de vieillissement. Alors certes, ce processus ne va pas s’exprimer de la même manière, avec la même intensité, selon les individus, mais aussi selon le type d’environnement dans lequel ils évoluent. Néanmoins, personne n’y échappe complètement. Ce qui est différent chez les Meru, c’est que cette évolution du corps avec l’âge n’est pas ce qui compte le plus. L’individu poursuit son développement tout au long de sa vie et ce n’est qu’aux âges les plus avancés qu’il acquière la compétence la plus aboutie et la plus valorisée socialement, celle de la parole et de l’esprit qui lui permet de tenir un rôle social extrêmement important notamment dans l’initiation des autres membres.

L’apogée du développement humain commence à 65 ans !

Après avoir rempli et occupé les différents rôles qu’un homme ou une femme doit accomplir au cours de sa vie, après avoir réussi toutes les initiations, l’individu accède aux alentours de 65 ans à l’échelon social le plus important en devenant un “Accompli”.

Accompli parce qu’il a réussi à passer toutes les épreuves de la vie, à surmonter les difficultés de l’existence, à échapper à la maladie ou aux malédictions… C’est cette réussite “existentielle” qui lui octroie le droit d’exercer les plus hautes fonctions. Mais aussi parce que ce parcours réussi lui permet d’être au plus près de ce qui représente chez les Meru une sorte d’entité créatrice (Ngaï ou Murungu). Cette proximité avec l’au-delà lui confère alors la puissance de la parole et de l’esprit, des capacités grâce auxquelles il accède à la responsabilité des affaires religieuses et des rites de passage.

Trop vieux pour jouer un rôle

Mourir Accompli au plus près du Ngaï constitue la mort idéale, celle qui survient au bon moment. Elle est ainsi dignement fêtée par tout le groupe social. Mais si mourir vieux est un honneur, mourir trop vieux ne l’est plus vraiment. Car il existe aussi chez les Meru une autre classe générationnelle appelée “sntindiri” ou “ceux qui attendent à ne rien faire”. Ceux-là ne sont pas morts au bon moment ! Ils s’attardent dans l’existence alors que plus aucun rôle social ne leur est dédié. Ce sont des “grands vieillards” qui n’ont plus la force de subvenir à leurs besoins ou de se déplacer, ni même les dents pour s’alimenter.
Atteindre cette catégorie d’âge n’est point un honneur. Leur mort trop tardive ne fait d’ailleurs l’objet d’aucune célébration par le groupe.

Un traitement différencié du "très grand âge"

Ce point est très intéressant car finalement, même dans une société où la vieillesse apparaît comme l’ultime maturation du développement humain, le “très grand âge” pose question au collectif. Il faut dire que la société Meru repose sur une organisation sociale très spécifique en « classes générationnelles » qui évoluent de manière synchronisée entre elles. Ainsi, par exemple, père et fils ne feront jamais partie de la même classe et ne partageront jamais le même statut et le même rôle social. Ce type d’organisation a le mérite de réguler les rapports de force pouvant exister entre les générations dans la passation des fonctions sociales et la transmission du pouvoir. Mais elle implique aussi une régularisation des âges qui passe notamment par un contrôle des naissances. Or les “sntindiri” échappent finalement à cette régularisation sociale en dépassant les limites de l'existence pour le groupe. Dans ces itinéraires de vie extrêmement codifiés, rien n'est prévu pour ces grands vieillards. Ce sont des "survieux" sans fonctions particulières mais dont le groupe va néanmoins s'occuper.

La mise en miroir avec nos propres questionnements autour du "très grand âge" est frappante. Bien que nos cultures diffèrent dans la manière d’interpréter l’avancée en âge, le traitement de l’allongement de la vie soulève néanmoins des interrogations similaires dans les deux sociétés.


Pour aller plus loin :
Peatrik, A.-M. (2001). « Vieillir ailleurs et ici : l’exemple des Meru du Kenya ». Retraite et société 34(3) : 151-165. https://www.cairn.info/revue-retraite-et-societe1-2001-3-page-151.htm
Peatrik, A.-M. (1990). Génération Meru : modes d’emploi une enquête sur les implications écologiques d’un système générationnel Bantou (Meru Tigania-Igembe, Kenya). Thèse de Doctorat en ethnologie. Université de Paris X Nanterre.

Oh vieillir, quelle injustice !

Oh vieillir, quelle injustice !
On ne sait pas finalement où commence la vieillesse. D’ailleurs pour certains sociologues comme Bourdieu, la délimitation de la frontière est un enjeu de lutte sociale [1]. On pourrait aller plus loin en disant que la définition même de la vieillesse relève aussi d’un enjeu de lutte sociale, non pas seulement entre des plus jeunes et des plus vieux, mais plutôt entre des institutions différentes qui proposent une lecture propre à leur univers. Et force est de constater que le regard dominant qui est encore aujourd’hui posé sur la vieillesse est celui du médical avec ce prisme du pathologique.
Or les expériences en lien avec cette période de la vie sont multiples et évolutives et ne peuvent être saisies uniquement via le modèle du déclin et de la dépendance. Non seulement, il y a de la différence dans la manière de vivre son vieillissement, mais même lorsque des déficiences liées à l’âge surviennent, même dans ce cas-là, la vie de la personne, ce qu’elle est, ce qu’elle ressent, ne se réduisent pas à cette caractéristique !

Le vieillissement, un processus inégalitaire

L’âge, malgré son apparente objectivité, est en fait un critère social comme un autre de définition de la vieillesse. Il serait même d’autant plus relatif que nous ne vieillissons pas au même rythme. Le vieillissement est un processus biologique très inégalitaire car il repose sur différents paramètres, génétiques bien sûr, mais aussi pour beaucoup environnementaux et comportementaux. Deux individus nés la même année ne présenteront donc pas les mêmes signes du vieillissement, ou autrement dit, n’en connaîtront pas les mêmes effets au même âge, voire il se peut même qu’ils vivent une expérience du vieillissement complètement différente !
 
Plus encore, le vieillissement est un processus non pas uniforme mais qui va toucher de manière différenciée certains organes et certaines cellules. Autrement dit, à l’intérieur de nous-mêmes, toutes les parties de notre corps ne vieillissent pas au même rythme. Cela est vrai de nos cellules biologiques, mais cela est encore plus vrai du ressenti que l’on a de nous. Certaines parties de notre corps peuvent éprouver les effets du vieillissement sans que cela soit en adéquation avec l’âge que l’on a dans notre tête. C’est la dimension subjective de l’âge.

L’image que l’on a de soi ne suit généralement pas le nombre de ses années. On a tendance à se sentir plus jeune que son âge biologique. On peut être une vieille personne aux yeux de certains et pas pour soi. Comme on peut être une vieille personne aux yeux de certains et pas pour d’autres.

Plusieurs grilles de lecture

Vous l’aurez compris, la compréhension de la vieillesse est fuyante car il existe bien des manières de la saisir. Selon la grille de lecture adoptée, nous en aurons une certaine compréhension, mais qui ne sera pas forcément la même partout. Dans une même société, selon le domaine considéré, on n’est pas vieux au même âge, dans le sport, selon le type de sport, dans le monde du travail, selon le type de poste occupé, selon les institutions également, qu’il s’agisse de définir l’âge de départ à la retraite ou l’âge légal pour l'octroi d’une allocation compensatrice pour la perte d’autonomie… Tout cela varie selon le cadre que l’on prend en référence, un cadre non pas naturel, mais construit socialement.

Être vieux, au croisement du biologique, du psychologique et du social

La vieillesse est une sorte d’abstraction où se mêlent différentes réalités, biologique, psychologique et sociale. Aussi, si le vieillissement en tant que processus physiologique participe à faire de nous une vieille personne, il n’en constitue qu’une dimension. D’ailleurs le vieillissement biologique n’est pas propre à la vieillesse, il concerne aussi les plus jeunes sans que les effets ne se fassent sentir avec la même intensité. Et puis nous l’avons vu, notre corps est complexe et ne vit pas uniformément les effets du vieillissement.
 
Plus encore, nous ne sommes pas passifs face à notre vieillissement. Certains de nos comportements vont nous préserver de l’arrivée précoce de certains de ses effets, d’autres vont nous permettre de compenser les effets négatifs du vieillissement sur notre mode de vie.
 
Par ailleurs, être vieux c’est beaucoup dans le regard des autres, dans leurs attitudes à notre égard, mais aussi dans ces petites remarques sur ce qui est de son âge ou pas, de ces invitations à passer à autre chose de plus adaptée pour soi. Ces projections des autres qui disent ce qu’ils pensent de nous, ce sont des grains de sable qui bousculent néanmoins l’image que l’on a de soi. Je ne suis plus apte à conduire, plus apte à séduire, plus apte à choisir…
 
veronique cayado Véronique Cayado, Docteure en Psychologie, Membre de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), Membre et Ingénieure de recherche de l’Institut "Oui Care", 

[1] Mauger, G. (2001). “La jeunesse n’est qu’un mot”. A propos d’un entretien avec Pierre Bourdieu. Agora Débats jeunesses, 26, 137-142.

Sommes-nous enfin prêts à vieillir ensemble très longtemps ?

Sommes-nous enfin prêts à vieillir ensemble très longtemps ?
Après les retraites, les premières politiques vieillesse des années 1960 ont surtout porté sur les “modes de vie” des personnes âgées permettant de prolonger une vie indépendante le plus longtemps possible. Puis à partir des années 80 et 90, elles se sont concentrées sur la question de la prise en charge de la dépendance.

Alors qu'on n'en finit pas de procrastiner autour des réformes qui permettraient d’anticiper la vertigineuse accélération du vieillissement de la population qui se profile, les années 2000 marquent la consolidation d’un système complexe d’aide et prise en charge des personnes âgées en France. C’est à cette époque-là, en effet, que sont votées les principales lois qui vont organiser ce système.

Les années 2000 : les lois majeures et la question éthique

A partir des années 2000, l’action publique va se consolider avec plusieurs lois majeures qui vont aboutir à des avancées importantes.
 
Les années 2000, c’est aussi le choc de la canicule de 2003 qui révéla au grand jour la problématique de l’isolement et de l’exclusion sociale d’un grand nombre de personnes âgées. Des mesures s’ensuivent pour soutenir le financement des actions au bénéfice des personnes âgées et des personnes handicapées, notamment la création de la Journée de solidarité et de la Caisse nationale de solidarité autonomie (CNSA) pour administrer - entre autres - ces nouveaux fonds.
Les années 2000, c’est aussi la consolidation de l’arsenal déontologique visant à garantir les droits des personnes âgées dépendantes et des personnes en situation de handicap. Deux grandes lois sont alors adoptées [1] avec en trame de fond la volonté de faire converger les politiques à destination de ces deux types de publics. Tout désavantage social associé à une incapacité mériterait finalement un traitement similaire quel que soit l’âge des personnes.

Les années 2010- 2020 : une société de la longévité en suspens

Après cette phase de consolidation des politiques vieillesse au cours de la décennie 2000, démarre celle de la métamorphose pour une société de la longévité. Même si pour l’heure, la métamorphose est restée au stade de chrysalide, c’est bien la dynamique qui est engagée par la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, dite loi ASV.
 
Il ne s’agit plus seulement d’établir une politique vieillesse mais d’injecter dans l’ensemble des politiques publiques la nécessaire prise en compte du vieillissement de la population. Ce vieillissement est tel qu’il imprègne tous les segments de la société. Il doit donc être au centre des décisions en matière d’habitat, de transports, de santé, de travail, etc.
 
Bien que les moyens déployés n’aient pas permis finalement cette métamorphose sociétale, la loi ASV est une loi qui amorce un tournant symbolique. Symbolique dans la prise de conscience de l'accélération du vieillissement démographique. Symbolique aussi dans la remise en lumière des principes du rapport Laroque et de la priorité à donner aux actions de prévention et de participation sociale, via notamment la lutte contre l’isolement et l'amélioration de l’habitat. Symbolique aussi dans la reconnaissance du rôle des proches aidants de personnes âgées, dans un effort - malheureusement alors non abouti - d’accès à certains droits et dispositifs de soutien.
 
Depuis, on est toujours dans l’attente de “la” grande réforme sur le grand âge et l’autonomie prévue initialement pour la fin de l’année 2019, mais qui ne devrait toujours pas être à l’ordre du jour de l'agenda parlementaire en 2021. C’est un peu tout le paradoxe de la crise sanitaire que nous connaissons. Tout en servant de révélateur des dysfonctionnements et des besoins pour accompagner et soutenir dignement les personnes âgées en situation de dépendance, la crise de la Covid-19 a considérablement retardé les mesures législatives nécessaires pour entériner un réel changement dans le domaine.
 
Véronique Cayado
Docteure en psychologie
Institut Oui Care

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[1] Il s’agit de la loi du 2 janvier 2002, dite la loi 2002-2 qui rénove la loi du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales ; et de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
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