Vers une suppression de l’avantage fiscal pour les retraités européens au Portugal

Ludovic Herschlikovitz
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La fiscalité de la retraite au Portugal a fortement évolué ces dernières années. Le régime des résidents non habituels (RNH), qui permettait notamment aux retraités étrangers de bénéficier d’un traitement fiscal spécifique pendant dix ans, a été supprimé pour les nouveaux résidents à compter de 2024.

Les personnes qui bénéficiaient déjà du statut RNH peuvent toutefois le conserver jusqu’au terme de leur période de dix ans. Des dispositions transitoires ont également permis à certains contribuables engagés dans une installation au Portugal avant la suppression du dispositif d’en demander le bénéfice.

Un retraité qui s’installe aujourd’hui au Portugal sans bénéficier de l’ancien régime RNH est en principe soumis aux règles fiscales portugaises de droit commun, tout en tenant compte de la convention fiscale conclue entre la France et le Portugal. La fiscalité applicable dépend notamment de sa résidence fiscale et de la nature de sa pension.

Vers une suppression de l’avantage fiscal pour les retraités européens au Portugal

Retraite au Portugal : quel est le régime fiscal applicable en 2026 ?

Depuis la suppression du régime des Résidents Non Habituels (RNH) pour les nouveaux entrants, la fiscalité applicable aux retraités qui s’installent au Portugal a évolué.

Les contribuables qui bénéficiaient déjà du statut RNH au 31 décembre 2023 peuvent toutefois conserver ce régime jusqu’au terme de leur période de dix ans. Des dispositions transitoires ont également permis à certaines personnes engagées dans une installation au Portugal avant la suppression du dispositif d’en bénéficier, sous conditions.

En dehors de ces situations, un retraité qui devient résident fiscal portugais relève désormais du régime de droit commun de l’impôt sur le revenu portugais (IRS). Ses pensions de source étrangère doivent en principe être déclarées au Portugal, sous réserve des règles prévues par les conventions fiscales internationales.

Le dispositif IFICI, créé après la suppression du RNH, concerne quant à lui certaines activités professionnelles liées notamment à la recherche scientifique et à l’innovation. Il ne constitue pas un régime fiscal spécifique destiné aux retraités.

La fin du RNH : quelles situations restent encore concernées ?

Le régime des Résidents Non Habituels (RNH), instauré en 2009, permettait notamment aux retraités étrangers remplissant les conditions requises de bénéficier d’un régime fiscal spécifique pendant une période de dix ans. Selon la date d’entrée dans le dispositif, les pensions étrangères pouvaient notamment bénéficier d’une exonération ou d’une imposition à taux réduit.

Le dispositif a été supprimé pour les nouveaux entrants par la loi de finances portugaise pour 2024. Les personnes déjà inscrites comme RNH peuvent toutefois continuer à bénéficier du régime jusqu’au terme de leur période de dix ans.

Des règles transitoires ont également été prévues pour certaines personnes engagées dans une installation au Portugal avant la suppression du dispositif. Celles-ci pouvaient notamment bénéficier de l’ancien régime à condition de devenir résidentes fiscales au Portugal au plus tard le 31 décembre 2024 et de justifier de l’un des engagements prévus par la loi, comme un contrat de travail, un bail, une promesse d’achat immobilier ou certaines démarches liées à l’obtention d’un titre de séjour.

En 2026, un retraité qui s’installe au Portugal sans relever de l’une de ces situations ne peut donc plus accéder au régime RNH et relève, en principe, du régime fiscal portugais de droit commun.

Le barème IRS portugais applicable aux pensions en 2026

Le Portugal applique à ses résidents fiscaux un impôt sur le revenu appelé IRS (Imposto sobre o Rendimento das Pessoas Singulares). Les pensions de retraite relèvent de la catégorie H. Lorsqu’une pension provient de l’étranger, son traitement fiscal doit également être déterminé au regard de la convention fiscale conclue entre le Portugal et le pays d’origine.

En 2026, l’IRS repose sur un barème progressif : différents taux s’appliquent successivement aux tranches du revenu imposable. Le taux applicable augmente donc avec le niveau de revenu.

Les contribuables dont le revenu imposable dépasse certains seuils peuvent également être soumis à la taxe additionnelle de solidarité. Elle est fixée à 2,5 % sur la fraction de revenu comprise entre 80 000 € et 250 000 €, puis à 5 % sur la fraction supérieure à 250 000 €.

Les pensions bénéficient par ailleurs d’une déduction spécifique avant le calcul de l’impôt. Dans le régime de droit commun, le Code portugais de l’IRS prévoit une déduction de référence de 4 104 € par titulaire, selon les modalités prévues pour les revenus de catégorie H.

ÉlémentPrincipe
Barème progressif de l’IRSLes taux s’appliquent par tranches de revenu imposable
Déduction spécifique des pensionsUne partie du revenu de pension est déduite avant détermination du revenu imposable, selon les règles de l’article 53 du Code de l’IRS
Taxe additionnelle de solidarité2,5 % au-delà de 80 000 € et 5 % sur la fraction dépassant 250 000 €

Le montant effectivement dû dépend toutefois de l’ensemble des revenus du foyer, de sa composition, des déductions applicables et, pour les pensions étrangères, des règles prévues par la convention fiscale internationale concernée.

Le régime IFICI : une alternative possible selon les profils ?

Le Portugal applique depuis 2024 le régime IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), parfois présenté comme le successeur du régime RNH. Son fonctionnement et son public sont toutefois très différents : il ne constitue pas un régime fiscal spécifique pour les retraités.

L’IFICI s’adresse aux nouveaux résidents fiscaux exerçant certaines activités professionnelles éligibles, notamment dans l’enseignement supérieur, la recherche scientifique ou certaines professions hautement qualifiées exercées dans des entreprises et secteurs définis par la réglementation.

Pour les personnes remplissant les conditions, certains revenus professionnels de source portugaise relevant des catégories A et B peuvent être soumis à un taux spécial de 20 %. Le régime prévoit également, sous conditions, une exonération pour plusieurs catégories de revenus de source étrangère.

Les pensions de retraite étrangères, qui relèvent de la catégorie H, sont toutefois expressément exclues de cette exonération. Un retraité qui bénéficie par ailleurs de l’IFICI en raison d’une activité professionnelle éligible ne bénéficie donc pas du régime préférentiel pour sa pension.

CritèreAncien régime RNHRégime IFICI
Public concernéNouveaux résidents remplissant les conditions du régime, y compris des retraitésNouveaux résidents exerçant certaines activités professionnelles éligibles
Pensions étrangèresTraitement fiscal spécifique selon les règles applicables au bénéficiairePas d’exonération IFICI pour les pensions de catégorie H
Revenus professionnels éligiblesRégime spécifique selon la nature des revenusTaux spécial de 20 % pour certains revenus portugais des catégories A et B
DuréeJusqu’à 10 ansJusqu’à 10 années consécutives, sous réserve du respect des conditions

En pratique, un retraité français qui s’installe au Portugal en 2026 uniquement pour y vivre de ses pensions ne peut pas utiliser l’IFICI pour bénéficier d’une fiscalité préférentielle sur celles-ci. Ses pensions relèvent du régime fiscal applicable au Portugal, sous réserve des dispositions de la convention fiscale franco-portugaise.

Quels avantages fiscaux restent accessibles aux retraités français au Portugal en 2026 ?

La suppression du régime des Résidents Non Habituels (RNH) a fortement réduit les avantages fiscaux dont pouvaient bénéficier les nouveaux retraités étrangers au Portugal. En 2026, un retraité français qui s’y installe relève en principe du régime fiscal portugais de droit commun.

Certaines règles peuvent néanmoins avoir un effet sur le montant de l’impôt effectivement dû, notamment la déduction applicable aux pensions et les dispositions de la convention fiscale franco-portugaise. Leur intérêt dépend toutefois de la nature des pensions perçues, du niveau de revenus et de la situation personnelle du contribuable.

Un barème de l'impôt sur le revenu progressif avec une déduction spécifique aux retraités

Le Portugal applique à ses résidents fiscaux un impôt sur le revenu, l’IRS, calculé selon un barème progressif. En 2026, les taux augmentent par tranches de revenu imposable, de 12,5 % pour la première tranche à 48 % pour la tranche la plus élevée.

Les pensions relevant de la catégorie H bénéficient par ailleurs d’une déduction spécifique. En 2026, son montant de référence correspond à 8,54 fois l’Indexante dos Apoios Sociais (IAS), fixé à 537,13 €, soit environ 4 587,09 € par titulaire.

Lorsque le montant annuel de la pension est inférieur ou égal à cette somme, la déduction peut correspondre à la totalité de la pension. Au-delà, la déduction est en principe limitée à ce montant, sous réserve des autres règles prévues par le Code de l’IRS.

Cette déduction réduit ainsi le revenu pris en compte avant l’application du barème progressif de l’IRS.

L'absence d'équivalent à la taxe d'habitation française

Au Portugal, l’impôt local principalement lié à la détention d’un logement est l’IMI (Imposto Municipal sobre Imóveis). Il est calculé sur la valeur patrimoniale fiscale du bien et est dû par son propriétaire.

Pour les immeubles urbains, le taux d’IMI est généralement compris entre 0,3 % et 0,45 %, le taux applicable étant fixé chaque année par la municipalité dans les limites prévues par la loi.

Un retraité qui loue son logement au Portugal n’est donc pas redevable de l’IMI en tant que locataire. Il n’existe pas, pour l’occupant locataire, de taxe locale annuelle fonctionnant de la même manière que l’ancienne taxe d’habitation française.

Pour un propriétaire, le montant de l’IMI dépend en revanche de la valeur fiscale du bien, de sa localisation et des règles appliquées par la commune.

Un coût de la vie globalement inférieur à la France

Au-delà de la fiscalité stricto sensu, le coût de la vie au Portugal reste, dans de nombreuses régions, sensiblement inférieur à celui des grandes agglomérations françaises. Cet avantage économique — souvent sous-estimé dans les comparaisons purement fiscales — peut représenter un gain de pouvoir d’achat significatif sur l’ensemble du budget d’un retraité :

  • Alimentation et restauration : les prix de l’alimentation courante et de la restauration sont généralement moins élevés qu’en France, notamment dans les régions intérieures et hors des grands centres touristiques.
  • Transports : le réseau de transports en commun urbain propose des tarifs réduits significatifs pour les personnes âgées dans la plupart des grandes villes portugaises.
  • Soins de santé : le système public de santé portugais (SNS) est accessible aux résidents légaux, avec des frais de participation (taxas moderadoras) généralement limités. Les mutuelles complémentaires privées y sont souvent moins onéreuses qu’en France.
  • Immobilier : hors Lisbonne, Porto et l’Algarve dans ses zones les plus prisées, les prix à l’achat comme à la location restent inférieurs aux niveaux français des grandes métropoles, même si la hausse des dernières années a réduit l’écart.

Ce différentiel de coût de la vie prolonge concrètement le pouvoir d’achat d’une pension française, même lorsque cette dernière est soumise à l’impôt portugais dans des conditions ordinaires — sans bénéfice du RNH.

Le régime IFICI : un successeur partiel du RNH à examiner avec soin

Depuis le 1er janvier 2024, le Portugal a instauré le régime IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), parfois désigné « RNH 2.0 ». Ce dispositif cible principalement les professionnels actifs dans des secteurs d’activité définis (recherche, innovation, enseignement supérieur, start-ups…) et n’est pas conçu pour les retraités percevant uniquement des pensions.

Les retraités français s’installant au Portugal à partir de 2024 relèvent donc du régime fiscal de droit commun portugais, sans flat tax à taux réduit sur leurs pensions. Il est d’autant plus important, dans ce contexte, de bien valoriser les avantages résiduels détaillés ci-dessus et de faire réaliser une simulation personnalisée par un conseiller fiscal franco-portugais avant tout déménagement.

  • Ce qui reste acquis : déduction spécifique sur les pensions, barème progressif, absence de taxe d’habitation équivalente, coût de la vie favorable dans de nombreuses régions.
  • Ce qui a disparu : l’exonération totale ou la flat tax à taux réduit sur les pensions étrangères offerte par l’ancien RNH.
  • Ce qu’il faut vérifier : votre situation personnelle (type de pension, montant, statut de fonctionnaire ou salarié du privé) détermine l’État qui vous imposera en vertu de la convention fiscale France-Portugal — un point traité en détail dans les sections suivantes.

Convention fiscale France-Portugal : qui impose quoi sur votre pension ?

La convention fiscale entre la France et le Portugal, signée en 1971 et modifiée depuis, détermine dans quel pays les pensions perçues par un retraité français installé au Portugal sont imposables. Son objectif est notamment d’éviter qu’un même revenu soit imposé deux fois.

Les règles ne sont toutefois pas identiques pour toutes les pensions. Le traitement fiscal dépend notamment de leur origine et de la nature de l’activité exercée auparavant. Une distinction importante existe ainsi entre les pensions issues du secteur privé et les pensions versées au titre de fonctions publiques.

Pensions du secteur privé : imposition au Portugal

Pour les pensions de retraite du secteur privé, la convention fiscale franco-portugaise attribue en principe le droit d’imposition à l’État de résidence du bénéficiaire.

Ainsi, lorsqu’un retraité est résident fiscal au Portugal, ses pensions privées de source française sont en principe imposables au Portugal et non en France.

Concrètement :

  • la pension concernée n’est pas soumise à l’impôt sur le revenu en France en application de la convention fiscale ;

  • elle doit être déclarée au Portugal et y est imposée selon les règles de l’IRS portugais ;

  • les déductions et règles de calcul prévues par la législation fiscale portugaise peuvent ensuite s’appliquer selon la situation du contribuable.

La résidence fiscale joue donc un rôle déterminant dans l’imposition des pensions privées. Cette règle doit toutefois être distinguée de celle applicable à certaines pensions publiques, pour lesquelles la convention franco-portugaise prévoit un traitement différent.

Pensions de fonctionnaires : le cas particulier de l'imposition en France

Les pensions publiques françaises versées au titre de services rendus à l’État, à une collectivité territoriale ou à une personne morale de droit public suivent une règle différente de celle applicable aux pensions du secteur privé.

En principe, une pension publique versée par la France à un retraité installé au Portugal reste imposable en France. La résidence fiscale au Portugal ne suffit donc pas, à elle seule, à transférer le droit d’imposer cette pension.

Une exception est toutefois prévue par la convention fiscale : lorsque le bénéficiaire est résident du Portugal et possède la nationalité portugaise, la pension publique concernée est imposable uniquement au Portugal.

Type de pensionRègle principale pour un résident au Portugal
Pension du secteur privéImposable en principe au Portugal
Pension publique françaiseImposable en principe en France
Pension publique française perçue par un résident de nationalité portugaiseImposable en principe au Portugal

Lorsqu’une pension reste imposable en France alors que son bénéficiaire est non-résident fiscal, les règles françaises applicables aux non-résidents doivent être prises en compte, notamment celles relatives à la retenue à la source sur les pensions.

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Le statut RNH, un régime controversé menacé de disparition

Le régime des Résidents Non Habituels (RNH), instauré en 2009, accordait pendant dix ans un traitement fiscal particulier à certains nouveaux résidents du Portugal. Pour les pensions étrangères, les modalités ont évolué au fil du temps : certains bénéficiaires ont notamment profité d’une exonération, tandis que les personnes entrées plus tard dans le dispositif ont pu être soumises à un taux spécifique de 10 %.

Le régime a été supprimé pour les nouveaux entrants par la loi de finances portugaise pour 2024. Cette suppression ne signifie toutefois pas que le RNH a totalement disparu : les personnes qui en bénéficiaient déjà peuvent continuer à l’utiliser jusqu’au terme de leur période de dix ans, et des dispositions transitoires ont concerné certaines personnes engagées dans une installation au Portugal avant la réforme.

En 2026, un retraité qui s’installe au Portugal et qui ne relève ni de l’ancien régime ni de ses dispositions transitoires ne peut plus bénéficier du taux RNH de 10 % sur ses pensions étrangères. Il relève du régime fiscal de droit commun portugais, sous réserve des règles prévues par la convention fiscale applicable entre le Portugal et l’État d’origine de sa pension.

Vers une suppression de l’avantage fiscal pour les retraités européens au Portugal

Une mesure qui avait contribué au redressement économique

Pendant plusieurs années, des milliers d’Européens ont choisi le Portugal pour vivre une retraite tranquille. Outre la qualité de vie, ils étaient attirés par l’exonération de l’impôt sur le revenu pendant une décennie. Depuis 2024, cette exonération a été supprimée pour les nouveaux retraités, dans le cadre d’une réforme fiscale visant à rééquilibrer l’économie locale. Environ 30 000 retraités étrangers auraient droit au RNH. Un tiers d’entre eux sont originaires de l’Hexagone, bien qu’au total, le pays compte quelque 50 000 ressortissants français.

Cette mesure fiscale avait été mise en place en 2009 afin d’attirer les étrangers, qui s’engageaient en contrepartie à passer au moins six mois par an au Portugal. Elle a permis d’attirer de nombreux retraités étrangers jusqu’à son abolition partielle début 2024. En grande difficulté, le pays avait emprunté 78 milliards d’euros auprès de l’Union européenne et du FMI en 2011.

Toutefois, en raison d’un impact économique et social, le gouvernement portugais a décidé en 2023 de mettre fin au régime RNH pour les retraités, avec une suppression effective à compter du 1er janvier 2024 pour les nouveaux entrants. Les bénéficiaires actuels conservent leurs avantages jusqu’à la fin de leur période de 10 ans. Ce changement survient dans un contexte de forte pression sur le marché immobilier et d’une volonté de réduire les inégalités fiscales entre résidents.

Mais depuis 2013, son économie a renoué avec la croissance, affichant une progression de 3,5 % en 2017. En parallèle, le taux de chômage, qui dépassait 17 % en 2014, est tombé à 6,4 %. Par ailleurs, pour la première fois depuis la transition démocratique de 1974, le déficit public n’est plus qu’à 0,2 % du PIB.

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